— Cela me ferait plaisir, reprenait Fortuné. Qu’il se contente donc, à son âge, de soigner ses chats et ses chiens, et surtout de museler ses ouistitis. Et puis, c’est la boutique de Brigontal qu’il me faut, pas une autre. Je ne trouverai jamais mieux. Depuis hier, j’ai réfléchi aux procédés que j’emploierai pour remonter la maison. Tu verras !

— A ton idée, chéri…

— Mais il y a la fille ! s’écriait alors Fortuné. Comment veux-tu que je m’en débarrasse ?

— Comment ? répéta finalement Angèle. Cela ne doit pas être aussi difficile que tu te l’imagine. Attends un peu, que j’y pense… Il me vient déjà une idée.

Mais ce ne fut qu’un peu plus tard, et dans sa chambre, qu’Angèle donna son conseil :

— Le père Brigontal, dit-elle, tient à se retirer bientôt dans son Auvergne. Il céderait sur la question du mariage, j’en suis certaine. Mais je puis me tromper, et le mieux est de couper court à la combinaison. Tu as un moyen très simple pour fermer la bouche au vieux et à Béatrice.

Elle laissa Fortuné seul, et revint bientôt, apportant un gros livre, propriété du vétérinaire. C’était ma foi, un ouvrage scientifique assez curieux.


Dans la matinée du lendemain, Fortuné prit Brigontal à part, et lui dit qu’il avait à l’entretenir de choses sérieuses.

Le bonhomme trouva naturel que son successeur eût à lui parler, et ils passèrent ensemble dans la salle à manger. Les deux verres et la bouteille d’Armagnac reparurent sur la table. Puis le vieil épicier, d’un ton encourageant, pria Fortuné de causer tout à son aise, comme en famille.