Lorillard, avant de commencer, se répéta mentalement la leçon qu’Angèle lui avait donnée, à l’aide du livre médical aux illustrations bizarres. Enfin il prononça, triste et grave :
— Monsieur Brigontal, je suis obligé de vous faire un aveu des plus pénibles. Car je suis trop honnête homme pour vous tromper, vous et votre fille.
Brigontal, entendant ces mots, devint jaune comme la fleur du souci, et il balbutia :
— Me tromper ? Ah ! Ah ! Je parie que vous m’avez raconté des histoires… Vous ne possédez pas l’argent, hein ?
Mais Fortuné secoua la tête.
— Si bien, dit-il, je l’ai. Ce n’est pas cela qui me manque…
— Si ce n’est pas cela, repartit Brigontal rassuré, alors ce n’est rien du tout.
— Vous en parlez à votre aise, reprit l’autre en soupirant, mais je voudrais vous voir à ma place. Je donnerais volontiers tout mon bien pour ne pas être hermaphrodite. Car je suis hermaphrodite, Monsieur Brigontal.
— Comment dites-vous cela ? demanda le vieillard, très inquiet, regardant fixement Lorillard.
— Hermaphrodite, articula celui-ci, d’une voix pleine d’affliction.