— Chut ! on pourrait t’entendre.

Il accepta d’entrer dans la boutique et de s’y asseoir un instant. Une bouteille de véritable Malaga fut tirée de la cave, et des biscuits assez frais présentés sans parcimonie. Car il fallait fêter cet ami si flambant, qui peut-être rendrait service.

Ernest parlait avec affabilité, il trinquait à chaque verre nouvellement rempli, et il rappelait sans honte les années déjà lointaines, où, sur la zone militaire, parmi les décharges publiques, il avait grandi, comme son ami Lorillard, dans la cité des chiffonniers. Tous deux évoquaient les cabanes de leurs pères, les récoltes puantes entassées, et tout le familier spectacle de leur enfance commune.

— Ah oui ! reprenait Fortuné, quelles bonnes parties nous avons faites, nous et les autres, sur les tas de gadoue, avec ta sœur Valentine, qui était déjà si vicieuse…

Tous deux s’attendrissaient. Ernest s’aperçut qu’il allait se trouver en retard à un rendez-vous. Tendant la main à Fortuné, il lui demanda :

— Dis donc, il ne vient pas grand monde, chez toi, à ce qu’il me paraît. Les affaires ne marchent donc pas ?

— Non, répliqua lugubrement Lorillard, non, les affaires ne marchent pas.

Ernest parut attristé, réfléchit un moment, et reprit :

— Je suis trop pressé pour causer plus longtemps aujourd’hui. Mais viens me voir, nous tâcherons de trouver quelque chose pour toi.

Il partit, laissant sa carte à Lorillard, qui dès le lendemain se présenta chez l’ami retrouvé.