Mais Lorillard offensé, les poings sur les hanches, regarda sa femme de haut en bas, et il lui dit, d’une voix orgueilleuse :

— T’imagines-tu donc qu’un homme de ma valeur va se mettre à labourer les champs ? Comprendras-tu, à la fin, que dans six mois, grâce à mes capacités, je peux devenir millionnaire ?

VIII

Trois jours après, Gentillot revint à l’épicerie, qui durant cet intervalle de temps n’avait reçu aucune autre visite. Lorillard pâlit d’espoir en apercevant, derrière la vitre de la porte, la face circulaire de son ami. Angèle s’élança, croyant voir enfin un client. Mais Fortuné s’interposa ; il présenta sa femme à Ernest, et, dans ces termes, Ernest à sa femme :

— Mon ami Ernest Gentillot, prononça-t-il en le désignant. Nous avons fait nos études ensemble…

Le gros garçon s’inclina devant la grosse Angèle, et il lui exprima ses respects d’une voix altérée.

— Nous avons à parler d’affaires, déclara Lorillard à son épouse. Laisse-nous…

Elle se retira, soumise. Mais au moment de sortir elle appela son mari, sous un prétexte domestique.

— C’est avec ce Gentillot, chuchota-t-elle, que tu combines ton entreprise, n’est-ce pas ? Hé bien, méfie-toi, je t’y engage, car il a une bonne tête de filou rusé. Écoute-moi, songe plutôt à notre petite ferme.

Fortuné ne prêta nulle attention à ces remontrances pusillanimes, et revint, impatient, s’asseoir auprès de Gentillot.