— Qu’est-ce que tu as dit ? Moi ! Moi ! Jalouse ! Tu vas prétendre, peut-être, que je suis jalouse ? Mais répète-le donc un peu, gros chameau ! Et tais-toi ! Je ne veux pas être insultée dans ma maison. Débarrasse le plancher, vite ! »
Je l’ai débarrassé, mon vieux, et j’ai déjeuné à la cuisine, sans appétit, en me demandant si je n’allais pas perdre ma place.
Heureusement, dans l’après-midi, les choses se sont un peu arrangées. J’ai acheté pour cinquante francs de rose, je les ai portées à Valentine, dans sa chambre, et j’ai demandé pardon.
Elle était sur son canapé, calmée ; elle a pris le bouquet, l’a trouvé joli, et elle m’a embrassé, gentiment.
« — Tu n’avais pas absolument tous les torts, m’a-t-elle dit ; j’ai été un peu nerveuse aussi. Allons, assieds-toi, il faut que je te parle sérieusement. »
Elle s’était redressée sur son divan, et elle se caressait le menton comme une personne qui veut émettre des opinions importantes.
« — Persuade-toi bien, commença-t-elle, que la vie que je mène ne peut pas durer. D’abord, j’en ai assez, de marcher avec tous les coulissiers, fonctionnaires et politiciens marrons, et le reste de la clique. Ils ont des goûts de l’autre monde. Ces bonshommes sont très exigeants, et je dois les soigner, eux, leur passer toutes leurs inventions, leurs manies, les contenter entièrement pour les retrouver quand j’en ai besoin. Bon. Et il y a autre chose. Tout ce monde-là s’inquiète. Les affaires sont encore bonnes, mais on n’a plus confiance. On sent que l’échafaudage va craquer un de ces jours. Quand ? Dans six mois, dans un an. Alors, gare à qui voudra jouer encore, il y laissera son poil. C’est la fin, et il ne faut pas attendre, pour partir, que le système bascule. Je ne suis pas assez riche, c’est entendu. Mais quelques gros coups encore, et je ferme boutique. »
Elle ajouta, d’une voix d’ange :
« — Je veux devenir une honnête femme. »
A ce mot-là, mon vieux Fortuné, je me suis senti bouleversé, prêt à pleurer, et j’ai demandé :