«  — Si tu deviens une honnête femme, qu’est-ce que je deviendrai, moi ? un pauvre malheureux ! Voyons, Valentine, ma petite sœur si mignonne, ne me fais pas une méchanceté pareille ! »

«  — Tranquillise-toi, dit-elle alors ; je ne suis pas ingrate, je ne t’abandonnerai pas. Mais, pour ce qui est de devenir honnête femme, je deviendrai honnête femme, avant peu. Je me marierai, j’aurai un appartement aux Batignolles, et je m’occuperai d’œuvres. »

J’ai voulu savoir avec qui elle comptait se marier. Elle a répondu :

«  — Je ne suis pas fixée. Oh ! j’ai le choix. Mais tiens, en voyant Fortuné, je m’étais dit : je l’épouserais bien. Il me plaît, il est beau, et c’est une si vieille relation ! S’il était libre, je me dévouerais pour lui, je lui procurerais des affaires, autant qu’il en voudrait… Mais il n’aura rien, rien ! Je peux bien te l’avouer, à présent, tu avais raison, je suis jalouse, oui, jalouse de sa femme ! »

Ernest se tut, accablé par l’affliction. Car le mariage de sa sœur, quoiqu’elle prétendît, lui apparaissait comme une effrayante calamité. Il y perdait sa situation, et jamais il n’en retrouverait une si douce et fructueuse. C’est donc en vain, songeait-il, qu’éduquant Valentine et la poussant au triomphe par un chemin tortueux, il s’était imposé tant de peines et de soucis. Un autre en profiterait. Un beau-frère, un étranger, recueillerait tous les bénéfices, et le traiterait de haut, lui Ernest, si même il ne le jetait pas dehors. Avec Lorillard, encore, un vieux camarade qui lui devrait beaucoup, et avec lequel il aurait pu prendre ses précautions, le mal eût été moins grand. On se serait arrangé.

Gentillot se redressa, il contempla Fortuné longuement, avec rancœur, et il lui demanda :

— Ah ! pourquoi donc t’es-tu marié ?

Lorillard, avec tristesse, leva les épaules.

— Je ne peux pourtant pas tuer Angèle, hein ?

— Non, répondit Gentillot en soupirant, non, tu te ferais pincer.