— Tu es fou, Ernest, tu es fou…
— Réfléchis, reprit froidement Gentillot. Je passerai demain matin.
Vingt minutes plus tard, Angèle pénétrait dans la boutique, pour appeler son mari, car il était temps de déjeuner. Elle le vit assis sur une chaise, les coudes sur les genoux, la figure cachée dans les mains.
— Mon cœur, s’écria Angèle, pourquoi donc te fais-tu tant de mauvais sang ? C’est ce méchant joufflu, bien sûr, qui t’a tourmenté tout ce matin, avec des combinaisons d’arracheur de dents, je le parie !
Elle se pencha, baisa le front de Lorillard immobile, et elle reprit :
— Laisse donc toutes ces histoires-là tranquilles. Tu n’en auras que du tracas. Occupe-toi plutôt de nous chercher une bonne petite ferme. Tu verras, on a beaucoup plus de contentement avec la culture et les animaux qu’avec les gens.
IX
Fortuné Lorillard avait entendu avec indignation le conseil de Gentillot, mais il ne parvenait point à en détacher sa pensée. Il affectionnait Angèle, il convoitait la richesse, et il eût voulu les posséder l’une et l’autre en même temps. Tout en réfléchissant, il se représentait les beautés presque surnaturelles de sa femme, sa figure imposante, ses épaules rondes, son large ventre voluptueux, sa croupe rembourrée d’une chair débordante et veloutée, ses seins que l’on aurait cru moulés dans une soupière. Certes, Lorillard adorait ces merveilles. Pourtant il les eût volontiers cédées contre leur pesant d’or. Il hésitait surtout parce qu’il voyait bien ce qu’il perdait, sans savoir au juste ce qu’il gagnerait. Il ne possédait pas même la certitude d’être récompensé de son sacrifice, car Valentine, somme toute, pouvait changer de projet. Enfin, il restait encore à Angèle plusieurs billets de mille francs, ressource sûre qu’il serait imprudent de lâcher pour une ombre.
A cela, Lorillard se répondait :