— Les timides ne triomphent point. Celui qui joue à coup sûr ne rafle ordinairement que peu de chose. On doit risquer, ou renoncer à la Fortune et accepter la petite ferme. Il me faut de l’argent ; tant pis pour Angèle.

Mais, ignorant de quelle façon le divorce s’obtient, il entrevoyait d’immenses difficultés.

— Si j’étais Turc, songeait-il encore, je pourrais épouser une seconde femme sans que personne s’en plaignît, et ma situation serait commode.

Il regrettait aussi que la bigamie fût interdite en France, puis retombait dans son premier raisonnement, passait au second, s’empêtrait dans ses réflexions, n’arrivait point à conclure.

Gentillot revint comme il l’avait promis. Fortuné, prévoyant, avait chargé Angèle d’aller payer les contributions, certain qu’elle passerait la matinée entière debout chez le percepteur, et qu’Ernest et lui converseraient, ainsi, sans crainte d’être entendus.

— As-tu pris une résolution ? demanda Gentillot, négligemment.

— Non, répondit Lorillard, pas encore.

Ernest se dressa, mit son chapeau sur sa tête.

— Adieu, dit-il. Je vais chercher un autre mari pour Valentine. Ce sera facile, je n’aurai pas besoin de publier des annonces.

— Attends un peu, voyons ! s’écria Fortuné. Je ne refuse pas…