A deux heures du matin, M. Edgar Dujardin, le vétérinaire, entendit sonner à la porte de sa maison. Il quitta sa chambre, gagna le palier, se pencha par-dessus la rampe. Une voix confuse lui parvint, celle d’Auguste, l’infirmier des animaux.
— Qu’y a-t-il donc ? demanda M. Dujardin.
— Oh ! Monsieur, Monsieur, répondit Auguste, d’en bas, c’est Mademoiselle Angèle qui revient !
X
Gentillot, sans tarder, envoya Fortuné chez un de ces entrepreneurs de « Divorces en trois mois » dont la publicité concurrente occupe tant de place à la dernière page des journaux et sur les murs du métropolitain. Ce spécialiste, nommé Baston, assura que l’affaire ne souffrirait aucune difficulté, pourvu qu’on se fiât à lui, et qu’on le payât d’avance.
Ensuite, observant l’air abattu de Lorillard, il ajouta :
— Peut-être, Monsieur, divorcez-vous pour la première fois ? Ne vous tourmentez pas, ce n’est nullement désagréable. Même, dès la troisième ou quatrième instance, vous y prendrez plaisir. Je ne parle pas par intérêt. Toutes mes pratiques attitrées vous diraient la même chose.
Il se renversa dans son fauteuil et poursuivit d’un ton oratoire :
— On nous accuse souvent d’exercer une profession immorale parce que nous facilitons la séparation des époux, la suscitons parfois, et toujours en tirons profit. Ce reproche est stupide. Les épidémies n’enrichissent-elles pas les médecins ? la mort ne fait-elle point vivre les travailleurs des pompes funèbres. Cependant, à la longue, ces critiques ont blessé ma délicatesse. — « L’abondance des divorces, me suis-je avoué, brise la Famille, afflige l’État, dissout la Société. Cherchons un remède à ce mal. » — Ce remède, Monsieur, je l’ai trouvé.
M. Baston reprit haleine, et continua :