— J’ai tout simplement monté ici-même une agence matrimoniale. Je fais autant de mariages que j’en dénoue, et je tranquillise ma conscience tout en doublant mes bénéfices. Les maris et les femmes libérés deviennent presque tous candidats à de nouvelles fiançailles, et je m’efforce de les satisfaire.
Il posa la main sur un registre, le feuilleta. Sur chaque page des portraits apparaissaient.
— Ces photographies, déclara l’entrepreneur, sont celles de mes clientes. Choisissez. Une belle collection, Monsieur. Tous les genres, tous les prix. Mais laissez-moi vous recommander cette blonde si distinguée. Elle est excessivement intéressante. Elle a divorcé d’avec son conjoint parce qu’il ne lui avait pas, en trois années, rendu le moindre hommage. Le fait fut prouvé, devant le tribunal, par le rapport de trois experts. Si vous y songez un peu, l’occasion vous semblera superbe. Car vous êtes, en même temps, assuré de l’ardeur et de la virginité de cette personne. Trois experts, Monsieur !
Lorillard se leva, disant qu’il y penserait. Mais M. Baston continuait :
— Je procure aussi des appartements. Le manque de logis est un des obstacles majeurs à la fondation des ménages réguliers.
— Nous verrons cela plus tard, répondit Fortuné, s’en allant.
— Je fournis également des meubles, reprit l’autre, mobiliers neufs ou d’occasion, à compte ferme ou en location, selon votre préférence, — et des tapis, des appareils de chauffage, des œuvres d’art. Je peux vous recommander des bonnes à tout faire, des valets de chambre.
Il toucha le bras de Lorillard, et murmura :
— … des petites dames, aussi. Hé ! Hé ! je rends service à tout le monde, moi.
Plus bas encore, M. Baston prononça :