— Si vous avez des ennuis de n’importe quel genre, venez me les confier. J’arrange les pires difficultés, rien ne me prend au dépourvu. — Tenez, là, par exemple, supposez que vous ayez une maîtresse, et qu’elle devienne enceinte ; — un accident est si vite arrivé. — Eh bien, je tiens à votre disposition une avorteuse de premier ordre…
— Lorillard, se retirant, supputait avec admiration les gains que devait embourser un personnage qui étendait si loin son activité.
Angèle, le matin qui suivit le scandale, s’en était allée jusqu’à la boutique, pour se défendre avec plus de calme qu’elle n’en avait pu trouver sur le coup. Elle voulait déclarer à Lorillard que si Gentillot-le-joufflu l’avait possédée, c’était par tromperie, et qu’il faut faire une différence entre une femme adultère et une femme abusée. Mais le magasin était fermé. Elle attendit. Lorillard ne revint pas. Il ne parut point davantage le lendemain, ni le surlendemain.
Au bout d’une semaine, elle commença de comprendre qu’elle avait pour toujours perdu son Fortuné. C’est même tout ce qu’elle comprit jamais à son aventure. Quand M. Baston, l’homme d’affaires, vint la voir, à l’occasion de diverses formalités, elle entreprit de le convaincre. Il en rit assez fort, parla du constat, et conclut en apprenant à Angèle qu’elle avouait une infidélité supplémentaire et indiscutable en habitant sous le toit de M. Dujardin. Elle signa tous les papiers, se rendit aux convocations, où Lorillard délégua, pour le représenter, son substitut, M. Baston.
Pendant ce temps, M. Edgar Dujardin se réjouissait, remerciant les dieux bons. Il entourait Angèle des soins les plus émus, lui servait lui-même, au lit, son petit déjeuner, et, malgré le désir qui le tourmentait, n’osait point encore lui offrir son amour. Il interrogea doucement son ancienne bonne sur ses malheurs. Mais elle ne lui en fit qu’un récit très vague, en partie chimérique, confuse qu’elle restait d’avoir innocemment prêté sa chair à Gentillot. Edgar n’insista point, par délicatesse, et redoutant surtout de blesser ce cœur qu’il espérait regagner.
Un matin, comme il apportait à Angèle son chocolat et ses tartines, et qu’il venait de les poser sur la table de nuit, il essaya de renouveler ses plaisirs d’autrefois en glissant une main sur le corps adoré. Mais Angèle, se reculant, supplia M. Dujardin de ne point la traiter comme une femme dévergondée. Car enfin, elle était encore mariée…
Le vétérinaire parut tout à fait édifié. Il s’assit et parla de la sorte :
— La pudeur et la chasteté, dit-il, sont les plus belles parures de la femme. Elles ne te manquent point. Il faut, certes, que Lorillard soit un misérable pour te chercher une querelle dont je ne veux rien savoir, mais que je devine injuste. Toujours est-il qu’il va te laisser libre. Oublie-le, rappelle-toi la passion que je n’ai point cessé de te prouver. Épouse-moi.
Angèle se sentit trop troublée pour répondre. Edgar touchait son âme par tant de constance ; il flattait son orgueil de femme calomniée ; il excitait en elle un sentiment reconnaissant.