M. Dujardin se leva de nouveau. Angèle, cette fois, ne recula point, elle soupira seulement.
On apprend dans les écoles quelle différence l’on doit établir entre le sens et l’esprit. L’importance de cette distinction est incalculable. Ainsi l’esprit d’Angèle, en ce moment, condamnait l’acte que ses sens souhaitaient. Dans une occasion semblable, il n’y a que deux issues : ou bien l’esprit triomphe, ou ce sont les sens qui l’emportent. Ce dernier cas est de beaucoup le plus fréquent. Enfin il faut noter que les sens d’Angèle, depuis un mois n’avaient pas reçu la plus petite satisfaction. Ajoutons encore que M. Dujardin se montrait pressant, ingénieux, persuasif, qu’Angèle était dans son lit, en chemise, sans défense…
Quand elle but son chocolat, il était froid. Mais M. Dujardin avait chaud. Il épongeait avec un mouchoir la sueur de son visage, et des larmes de joie. Angèle, sa tartine à la main, rougissait d’une honte sincère.
C’est pendant la même matinée, par une coïncidence remarquable, que Valentine, à l’heure du tub, et tandis qu’elle se laissait frictionner par son frère, apprit de celui-ci que l’action en divorce était régulièrement engagée, et que l’on pouvait compter sur Lorillard.
— Bien, répliqua-t-elle. Alors, dis-lui de venir, à trois heures.
Car elle avait décidé de ne pas le recevoir avant qu’il eût donné les gages de son obéissance.
Donc, après le déjeuner, Ernest se rendit à l’hôtel où Lorillard habitait maintenant. Fortuné y subsistait des allocations très décentes que Mlle Gentillot lui accordait. De plus, elle lui avait ouvert un compte chez un tailleur, ainsi que chez un chemisier.
Il faisait plaisir à voir, Fortuné, à présent qu’il portait de beaux complets, du linge fin, des chaussures à la mode, qu’il se rasait tous les jours et se polissait les ongles. Il se levait tard, déjeunait à la brasserie, passait la fin des après-midi à la terrasse des cafés.
Ce jour-là, quand Gentillot arriva, vers deux heures et demie, Lorillard, assis devant une table, penché, un stylographe neuf à la main, s’occupait très studieusement à reproduire, d’après un modèle imprimé, une page de calligraphie.