La torpédo de Valentine les attendait devant l’hôtel. Durant le trajet, Lorillard rêvait, enfoncé dans les coussins. Il se voyait emporté vers les fabuleuses régions où l’on récolte à pleines mains les billets de banque. Le fils du chiffonnier ne doutait plus de la Fortune, il se sentait sur le point de devenir un roi.
Gentillot poussa Fortuné dans un boudoir, et se retira, en fermant la porte.
Lorillard demeura d’abord tellement stupéfait qu’il oublia même la commande. Comme c’était riche, ici ! Cet air chargé de parfums, tout ce luxe, ces étoffes…
La pièce était petite. Sur les murs, et au plafond, des glaces miroitaient. On marchait sur une superposition de tapis. Et, sur un divan noir et or, Valentine était allongée. Sa tête se posait sur des coussins ronds, bleu foncé, où ses cheveux cuivrés brillaient comme une ciselure.
Son peignoir incarnat, à longues manches évasées, s’étalait presque jusqu’aux pieds chaussés de babouches, et il s’écartait sur la poitrine pour montrer, parmi des dentelles, un peu de chair lumineuse et gonflée.
Valentine se soulevant à demi, regarda Lorillard, et elle lui sourit silencieusement. Puis, comme il se taisait, elle murmura :
— Assieds-toi là, près de moi.
Il obéit ; alors, elle posa la joue sur l’épaule de Fortuné, puis demanda :
— Tu ne m’embrasses pas ?
Il inclina la tête, appuya la bouche sur la bouche écarlate.