— Prends-moi dans tes bras, dit Valentine. Oui, ainsi. Parle-moi. Comme je suis heureuse ! Fortuné, mon Fortuné, te rappelles-tu ? Je ne t’ai jamais oublié, moi. Non, jamais !

Elle se faisait de plus en plus amoureusement tendre. Lorillard, enhardi, lui rendait ses caresses. Mais lorsqu’il voulut aller plus loin, elle se refusa.

— Non, déclara-t-elle d’un ton mystérieux, non, pas maintenant, pas ici. Un tout petit peu de patience… Ne te fâche pas, chéri, c’est un caprice, un joli caprice ! Tu verras, ce soir…

Valentine se redressa, sonna. Une soubrette parut, reçut un ordre, et revint, apportant, sur un plateau, des bouteilles de liqueurs et des verres ventrus. Elle le posa sur un guéridon, et se retira. Valentine poussa devant Lorillard une boîte de cigarettes, et, grave, prononça :

— J’avais, jusqu’à ce jour, interdit à Ernest de te tenir au courant de tout ce que je préparais pour toi. Ne lui fais aucun reproche. S’il t’avait renseigné, je l’aurais chassé.

— Mais, demanda Lorillard, la commande existe vraiment, ce fut pas une histoire ?

— Elle existe vraiment, reprit Valentine, remplissant de vieille chartreuse la coupe de Fortuné. Elle existe, mais c’est bien peu de chose. A peine vingt mille francs de boni, cela ne t’engraissera pas beaucoup. Non, j’ai mieux. Ah ! par exemple, mon chéri, je me suis donné du mal, tu ne peux pas en avoir idée. Nous étions peut-être cent sur cette affaire-là. Tout le monde la voulait. Une vraie bataille, petit. Je l’ai gagnée.

Elle but une gorgée, en regardant le mur ; elle revoyait, sans doute, tous les corps à corps de cette longue bataille.

— Régions dévastées, articula-t-elle avec simplicité. C’est une vraie mine d’or pour nous, les régions dévastées. Mais quelle concurrence ! Enfin, tout, est arrangé, l’adjudication m’est promise, je la tiens.

Elle ajouta quelques détails.