— C’est trop romanesque, les femmes ! Nous emmener là-bas, dans un endroit rempli de rôdeurs, à cette heure-ci !
Il grommelait encore, comme un chauffeur de profession, que déjà Lorillard était assis près de l’amoureuse.
Ils traversèrent entièrement Paris. Fortuné se demandait où pouvait mener une course déjà si longue, lorsque la limousine s’arrêta. En mettant pied à terre il reconnut, malgré l’obscurité, l’endroit où il se trouvait : la porte de Vincennes.
Laissant la voiture à la garde d’un gabelou, ils passèrent à pied la barrière. Valentine marchait en tête. Un sentier en pente les conduisit dans le fossé des fortifications.
La lune venait de se lever. Elle éclairait le site lépreux, dessinait le haut du mur d’enceinte, et ses rondeurs gazonnées. De l’autre côté, l’on distinguait des palissades, quelques cabanes, des tas d’ordures. Sur le ciel, d’un violet sombre, couraient de grands nuages bas, éclairés, comme par un incendie, des lumières rousses de la Ville.
Après quelques pas, Valentine dit à son frère :
— Reste là, et fais attention.
Ernest tâta son revolver dans sa poche, et répondit :
— N’allez pas trop loin et ne soyez pas trop longtemps…
Les deux autres s’écartèrent encore, enlacés. Ils trébuchaient à chaque instant parmi les détritus. Valentine s’appuyait de plus en plus contre Lorillard. Narines dilatées, elle respirait profondément, voluptueusement.