— Tu ne t’ennuies pas ? demanda Valentine.

— Non, je suis très heureuse ; nous recevons beaucoup. Mon mari s’occupe d’économie politique. Il a énormément de relations.

Valentine avoua qu’elle se sentait désœuvrée. Sa vie avait été si active, jusqu’à présent, si remplie…

— Il te faut une occupation, ma chère, répondit Lucienne. Tu devrais tenir un salon, vois-tu ! un salon littéraire. C’est tout à fait intéressant. Je t’aiderai, si tu veux.


Grâce à Lucienne, au baron, à leurs amis, le salon littéraire de Valentine s’ouvrit bientôt, non sans gloire. On y recevait tous les lundis une demi-douzaine d’écrivains, plusieurs poétesses, des artistes, des gens du monde. On y buvait des sirops et l’on y lisait des vers. Même, on y monta une tragédie du baron, œuvre dramatique dont l’action se déroulait parmi les Étrusques. Fortuné Lorillard y tint le rôle du roi Porsenna, aux acclamations d’un public bienveillant et choisi.

XII

Valentine, quand elle s’éveillait le matin, avait coutume de réfléchir. Car c’est une femme pensive et qui prit toujours grand soin de tirer au clair ses idées et ses sentiments. Du reste, il n’est pas d’endroit où l’on soit mieux, pour méditer, que dans un lit, alors que l’on est déjà reposé, mais que l’on ne sent point encore l’envie de se lever. On y est si bien, même, que l’on prolonge volontiers des cogitations souvent inutiles, simplement pour se donner un prétexte de demeurer étendu.

Ses réflexions, à la longue, lui semblèrent assez intéressantes pour mériter d’être couchées par écrit, en un Journal. C’est ce qui permit à Fortuné de les connaître peu après, comme on le saura. Il faut dire aussi que Valentine se sentait une vocation littéraire et projetait de composer un roman où elle attribuerait à une héroïne imaginaire ses propres actions, en les embellissant un peu. Elle supposait, avec raison sans doute, que ces notes prises sincèrement sur elle-même l’aideraient beaucoup dans son œuvre.

Le « Journal » de Valentine, donc, commençait ainsi :