Mais Fortuné, peu sensible aux on-dit, se félicitait de sa supériorité. Il se plaisait à répéter à ses intimes :
— J’ai eu quinze maîtresses, et ma femme n’a qu’un seul amant !
Il en riait. Il en aurait dû trembler, le malheureux…
Ernest Gentillot, au moment du mariage de sa sœur, s’était créé une situation indépendante. Il avait fondé la « Banque de l’Épargne Démocratique » et se livrait à des opérations assez obscures, mais d’un bon rendement. Lorillard n’avait pu moins faire que de lui confier des sommes importantes. Du reste, il ne s’en repentait point. Gentillot lui versait de gros intérêts.
Un jour, comme Lorillard entrait dans le bureau d’Ernest, il trouva ce dernier qui conversait avec un inconnu de belle apparence, rasé, vêtu de gris, et dont le visage montrait un nez rouge d’une dimension prodigieuse. Gentillot présenta son beau-frère. Le personnage au nez immense déclara que le nom de Fortuné Lorillard lui était familier, et qu’il se réjouissait, lui Bazenet, de faire la connaissance d’un homme aussi réputé.
— M. Bazenet, que voici, reprit Ernest, a été industriel en Amérique. Il a l’habitude des grandes affaires. De retour en France, il cherche des capitaux pour réaliser une entreprise colossale.
Lorillard objecta que le moment, peut-être, était défavorable. Tous les prix de gros restaient stationnaires. On parlait de baisse, même…
— La baisse va venir, s’écria Bazenet ; elle s’annonce déjà. C’est justement sur elle que je base mon projet, qui tient en cette phrase, Monsieur ! — Pousser à la baisse sur les prix de gros et maintenir jusqu’à la mort les prix de détail.
Lorillard écoutait avec attention. L’industriel au nez enflammé poursuivit :