— Monsieur a tort, reprit Armande ; il devrait se méfier du prophète. Madame en est très amoureuse. Elle lui donne beaucoup.
Lorillard, avec indifférence, leva les épaules. Armande poursuivit :
— Monsieur s’en repentira. Cet individu est un intrigant. Je suis sûre que Madame et lui combinent des choses… je ne sais quoi…
— Hé oui, dit Fortuné, plaisantant, des danses rythmiques.
Armande secoua la tête, et déclara :
— Si Monsieur ne met pas le prophète à la porte, il arrivera bientôt du vilain. Car cet être-là est capable de tout. Dire que, depuis le temps qu’il vient ici, il ne m’a pas encore fait le moindre petit cadeau !
XIII
Fortuné, maintenant, menait une vie pleine de loisirs. Il considérait de haut ses entreprises, laissées en bonnes mains. Ses deux ministres, Ernest et Bazenet, réglaient toutes choses pour le mieux, et ne lui demandaient même plus de signer, puisque Bazenet, digne de toute confiance, avait reçu tout pouvoir. Parfois, pourtant, Lorillard donnait un ordre, pour marquer qu’il restait bien le Patron, le Maître, l’Intelligence directrice…
Il s’applaudissait d’avoir à temps transformé ses affaires. Beaucoup de ses anciens complices étaient ruinés aujourd’hui par cette baisse dont on parlait avec tant d’épouvante, et surtout par le ralentissement de la consommation. Il se félicitait d’avoir choisi un commerce qui ne pût être sérieusement touché par cette crise. Car même le mauvais citoyen qui refuse d’acheter au poids de l’or les chaussures et les vêtements est contraint de se nourrir à tout prix, et demeure forcément sujet à l’Épicerie. Oui, Fortuné se félicitait de la trouvaille, il se l’attribuait entièrement, bien qu’elle eût Bazenet pour auteur. Mais Lorillard l’estimait belle et honorable, digne de lui, par conséquent.
Souvent il voyageait, pour son plaisir, et, selon la saison, fréquentait les plages, les villes d’eau, la Côte d’Azur. Non qu’il se plût beaucoup à voir du pays, mais il adorait les casinos, parce qu’il adorait le clinquant, les filles de luxe, la roulette, les petits chevaux et le baccara.