Un jour, donc, Fortuné revint de Deauville parfaitement décavé, mais fort satisfait des trois semaines qu’il avait vécues là-bas. Tout en regagnant l’avenue de l’Observatoire il riait de bon cœur en songeant que lui, le millionnaire n’avait peut-être pas, à cette minute, cinquante francs dans son portefeuille.
En passant devant son concierge, Fortuné remarqua que cet homme, en le considérant, prenait un air gai. Or, jamais il n’exista, depuis la création du monde, un concierge moins gai que celui-là. Aussi avait-il eu de grands malheurs. Petit commerçant jadis, il avait consacré toutes ses économies à l’acquisition de fonds russes. Réduit à la nécessité par cette erreur, il s’était fait portier. Mais, foudroyé par l’infortune, il balayait l’escalier en grommelant des sarcasmes contre l’État, et il présentait à toute heure un visage bilieux et contracté.
Donc, ce personnage funèbre, en regardant Lorillard, avait souri, et Lorillard s’en étonnait, pensant :
— Les valeurs russes, peut-être, ont remonté de quelques points…
Il monta les étages, pénétra dans son logis. Nicolas, le valet de chambre, à la vue de son maître, salua, puis disparut craintivement. Les autres domestiques, tour à tour, s’éclipsèrent de la même manière. Fortuné s’en alla jusqu’à l’office. La cuisinière y était assise ; elle se dressa, rougissante. Elle ne pouvait fuir, acculée qu’elle était dans cette pièce étroite.
Fortuné, croisant les bras, s’écria :
— Me direz-vous, Victorine, pourquoi tout le monde se sauve devant moi, sans me répondre ? Est-il arrivé quelque chose ?
Mais Victorine baissa les yeux, et prononça dans un soupir :
— Je ne parlerai pas. Monsieur saura forcément. Mais il me déplaît d’annoncer les mauvaises nouvelles.
Fortuné n’en put rien tirer d’autre. Il la laissa, traversa encore quelques pièces, arriva finalement dans le salon.