Armande y était installée près de la fenêtre, dans un fauteuil bas, à la place habituelle de Valentine. Armande ne portait plus de tablier, mais une jolie robe d’intérieur, aux tons clairs. Un livre ouvert était posé sur ses genoux. Elle avait assurément cessé d’être une simple femme de chambre…
Elle se leva, s’avança vers Fortuné, l’embrassa tendrement, lui exprima le bonheur qu’elle éprouvait à le revoir.
Comme il la questionnait, elle reprit en riant :
— Je vais t’en raconter de belles ! Valentine est partie…
Notez ici qu’Armande, même au cours des effusions les plus intimes, avait jusqu’à présent toujours parlé à Lorillard à la troisième personne, et qu’elle ne nommait jamais, devant lui, Valentine autrement que « Madame ». Mais sachez qu’Armande avait décidé, puisque la patronne désertait, de la remplacer, et rien, à son opinion, n’était plus naturel, ni plus conforme à son propre intérêt, comme aux sentiments qu’elle supposait à Fortuné.
— Elle est partie ! s’exclama Lorillard. Où donc est-elle partie ?
— Je n’en sais rien, dit Armande. En tous cas, elle s’en est allée avec son Eurysthènes. J’espère que tu ne vas pas t’en occuper. Car je suis là, moi ; et je vaux mieux qu’elle ; je ne te tromperai jamais…
— Avec Eurysthènes, répéta rageusement Fortuné, avec Eurysthènes ! Dégoûtant de prophète !
Armande appuya ses mains sur les épaules de Lorillard, et murmura :
— Ne te fâche pas. Il te rend service, puisqu’il te délivre d’une mauvaise femme et que tu en trouves une bien mignonne à la place, n’est-ce pas, beau chéri ? Tu avais raison de ne pas vouloir te tourmenter, l’autre jour, quand je t’ai averti…