Tout en réfléchissant ainsi, il arriva devant l’immeuble où M. Dujardin, autrefois, secourait de sa science les petits animaux. Autrefois, mais non plus à présent. Car on ne lisait plus le nom du vétérinaire sur la façade. Le portrait du chien blanc au collier rouge n’y était plus affiché. De nouveaux locataires habitaient bourgeoisement l’ancien hôpital des chats, des chiens et des perruches.
Le concierge apprit à Fortuné que M. et Mme Dujardin, depuis un an, s’étaient retirés à la campagne, très loin de Paris, mais il ne savait plus où. Il croyait pourtant se rappeler, ce portier, que c’était dans les Pyrénées, Hautes ou Basses, ou peut-être encore dans les Orientales.
Fortuné, redescendant tristement la rue, pensa que Béatrice, à qui deux fois il avait fait la charité, l’accueillerait probablement avec affection, lui prouverait une utile gratitude. Plein d’un nouvel espoir, il se dirigea vers l’épicerie.
Elle offrait sensiblement l’apparence qu’elle avait sous le règne de Brigontal le père, et les vitrines, à peu de chose près, n’étaient garnies que de poussière. Mais Fortuné aperçut, dans la boutique, des acheteurs que Béatrice servait elle-même.
Il entra. Elle le reconnut, mais ne se dérangea point. Tout en empaquetant une livre de beurre, elle dit avec rudesse à Lorillard :
— Que venez-vous faire ici ? Je n’ai pas le temps de m’occuper de vous.
Elle se retourna vers ses clients et prononça, méprisante, écœurée :
— C’est un pauvre.
Car elle savait à quel point Lorillard était ruiné. L’aspect de celui-ci, du reste, exprimait déjà la misère.
Fortuné patienta, très humble, dans un angle du magasin, jusqu’au moment où les pratiques s’en allèrent. Alors il s’avança, disant :