Le 27 décembre 1669, au même: «A l'égard du commerce, je ne trouve point qu'il diminue en France, en sorte que je vois clairement la diminution de celui de Hollande, ce qui est une matière de consolation.»
Le 19 mars 1671, au même: «Les efforts des États pour se passer de nos vins et eaux-de-vie n'ont eu d'autre effet que de faire enchérir de 10 livres, depuis un mois, la barrique d'eau-de-vie, c'est-à-dire qu'avant leurs défenses on ne la vendait que 46 livres et qu'elle en vaut 56, et même il s'en charge beaucoup plus, avec cette différence que les vaisseaux sont anglois, danois ou hambourgeois.»
Puis, huit jours après cette lettre, le 27 mars 1671, Colbert écrit à un de ses agents à Bordeaux: «Pourvu que la diminution qu'il y a cette année de l'enlèvement des vins et eaux-de-vie ne provienne que de la stérilité de la dernière année, il y a lieu de s'en consoler... J'ai peine à croire que les Hollandois se puissent passer de nos vins et eaux-de-vie, ni puissent en diminuer l'achat.» (Biblioth. roy. et Arch. de la mar., Colbert et Seignelay, cote 7, pièce 27; Registre des despesches, etc., années 1669 et 1671.) Convaincu de la bonté de son système, Colbert se débattait contre les faits qui le contrariaient, les attribuait à d'autres causes; à plus forte raison cherchait-il à faire prendre le change aux instruments de ses desseins, afin qu'ils le servissent mieux. On a déjà vu plusieurs preuves du cette tactique; ici, la contradiction est patente et résulte du texte même de sa correspondance. D'ailleurs, il est évident que l'élévation des droits d'entrée dont les draps de Hollande et d'Angleterre avaient été frappés en 1667 ne pouvait avoir pour résultat, comme il l'assurait à M. de Pomponne, d'augmenter le débit de nos eaux-de-vie et de nos vins.
[457] Biblioth. roy. Mss, Mémoires sur le commerce, etc.
[458] Ces idées de liberté dataient, au surplus, de beaucoup plus loin. On en jugera par le titre d'une brochure publiée, il y a plus de deux siècles, sous ce titre: le Nouveau Cynée ou Discours des occasions et moyens d'establir une paix générale et la liberté du commerce par tout la monde, Em.Cr.P. Paris, 1623. (Biblioth. roy., Mss.) Cette brochure, très-curieuse, se trouve dans le Portefeuille Fontanieu, nos 580 et 581. L'extrait suivant de la table des matières donnera une idée de la tournure d'esprit de l'auteur, dont l'abbé de Saint-Pierre n'a fait, en quelque sorte, que développer le thème principal.
«Assemblée générale de tous les souverains nécessaire pour maintenir la paix.
«Guerriers sont d'un naturel turbulent; il est plus dangereux de les trop estimer que de les abaisser.
«Vanité de l'homme des armes reconnue enfin par ceux qui en font profession.
«Justice vaut mieux que vaillance.
«Labourage est un mestier honorable; idem, Marchandise et trafic.
«Mariages doivent estre recommandez.
«Médecine et mathématiques plus nécessaires que toute autre science.
«Monnoye doit estre partout d'une mesme loy et poids.
«Paix générale ne peut abastardir la valeur.
«Pauvres doivent estre nourris aux dépens du public.
«Punir les meschants; appointer honorablement leurs parents.
«Religion gist principalement en la recognoissance d'un Dieu.
«Rois tyranniques ne peuvent estre attaqués légitimement par leurs subjects.
«Sauvages doivent estre tenus comme des bestes.
«Soldats se glorifient de peu de chose; de tout temps ont esté plus estimez que le reste des
hommes; ne doivent estre trop honorez.
«Tuer et nuire sont choses faciles.
Que l'on écarte quelques idées déraisonnables, absurdes, et l'on sera forcé de convenir qu'il y avait tout à la fois bien de la hardiesse et de la justesse dans ce penseur de 1623.
[459] Histoire de la Marine, par M. Eugène Sue, 1re édition en 5 volumes. Voir aux pièces justificatives, t. II, p. 264 et 265, le traité secret signé, à cette occasion, entre Louis XIV et Charles II par l'influence de Madame, sœur de Charles II, et de Mlle de Kerouel, une de ses demoiselles d'honneur, qui devint maîtresse de Charles II sous le titre de duchesse de Portsmouth. Par ce traité, signé à Douvres le 22 mai 1670, Louis XIV donnait à Charles II: 1º 2 millions de livres, et il s'engageait en outre à lui fournir six mille hommes de pied pour lui faciliter les moyens de se réconcilier avec l'Église romaine aussitôt que le bien des affaires de son royaume le permettrait; 2º 3 millions de livres pour faire la guerre à la Hollande avec au moins cinquante gros vaisseaux et dix brûlots, afin, dit l'article V du traité, de mortifier l'orgueil des états généraux et d'abattre la puissance d'une nation qui s'est si souvent noircie d'une extrême ingratitude envers ses fondateurs, laquelle même a l'audace de se vouloir ériger en souverains arbitres et juges de tous les autres potentats, etc., etc. Telles furent les principales conditions du traité secret de Douvres. En 1671, il y eut ce qu'on appelle un traité simulé, en tout conforme au traité de Douvres, sauf la clause dite de Catholicité, qui demeura secrète entre les deux rois, et dont ni leurs ambassadeurs, ni le Parlement anglais n'eurent connaissance.
[460] Recueil des traités de commerce, etc., t. II. France-Angleterre.
[461] Recherches sur les finances, année 1683.