Le reste ne tenoit qu’à quelque rose encor.

Sur le point que j’allois surmonter cette honte,

On me vint interrompre au plus beau de mon conte:

Iris entre; et depuis je n’ai pu retrouver

L’occasion d’un bien tout près de m’arriver.

Ces deux derniers vers rappellent, on ne saurait en douter, les stances attribuées à P. Corneille, et l’élégie d’où ces vers sont tirés est très-certainement d’une date antérieure à 1654.

Dans le Nouveau recueil des plus belles poësies (Paris, vefve G. Loyson, 1654, in-12), on trouve, à la page 119, l’Occasion perdue, stances à Cloris. Ces stances, signées D. M., c’est-à-dire de Morangle, suivant la table des noms d’auteurs, offrent la même scène que celle qui forme la première partie de l’Occasion perdue recouverte; dans les deux pièces, l’héroïne se nomme Cloris, mais Lisandre n’est nommé que dans la seconde, et le héros de l’Occasion perdue garde l’anonyme. Il est certain que cette pièce, dans laquelle il y a de la verve, de l’énergie et du feu, avec beaucoup de mauvais goût et d’incorrection, a été composée à l’imitation des stances qui couraient alors sous ce titre: l’Occasion perdue recouverte.

Le poëte D. M. ou de Morangle s’était borné à chanter l’Occasion perdue; un autre poëte anonyme, dont la pièce n’est pas indiquée dans la table du volume, quoiqu’elle remplisse les pages 399-404, avait également traité le sujet à la mode, dans une longue élégie, qu’il intitule Impuissance; mais les acteurs, qui ne pouvaient pas être Cloris et Lisandre, n’y sont pas nommés. En effet, la pièce est de Mathurin Régnier: elle avait paru, pour la première fois, dans l’édition de ses œuvres, publiée en 1613, après sa mort; elle avait reparu, revue et corrigée, dans l’édition de 1642. On doutait pourtant qu’elle fût réellement de lui. Voilà pourquoi G. Loyson l’avait admise dans son Nouveau recueil des plus belles poësies, comme s’il eût voulu la rapprocher de l’Occasion perdue, qui en est une imitation. Le Recueil où sont renfermées ces deux pièces est dédié à la comtesse de La Suze, par l’éditeur G. Loyson, qui met «les ouvrages des plus beaux esprits de ce temps sous la protection du plus rare génie de notre siècle.» Le privilége du roi porte la date du 1er décembre 1653.

Dans les Poésies choisies de messieurs Corneille, Bensserade, de Scudery, Boisrobert, etc., et de plusieurs autres célèbres autheurs de ce temps (Paris, Charles de Sercy, 1655, in-8, page 30 de la 1re partie), Benserade fit insérer des stances, intitulées: Jouissance, dans lesquelles il gourmande l’indiscrétion des poëtes qui révèlent leurs bonnes fortunes. Il ne se fait pas faute cependant de célébrer sa victoire, mais il ne nomme personne.

En 1659, le poëte Duteil, un des rivaux de Pierre Corneille comme auteur de la Juste vengeance, tragédie jouée en 1641, semble vouloir rivaliser encore avec le chantre de l’Occasion perdue recouverte, en décrivant à sa façon la même scène dans des stances qui portent le titre de Jouissance, et qui ne sont pas une des plus mauvaises pièces de son Nouveau recueil de diverses poésies (Paris, J. B. Loyson, 1659, in-12).