, Mairet, l'appelle «notre Roscius auvergnat
.» Marguerite Perrier, nièce de Pascal, dit en effet, dans ses
Mémoires de famille
, qu'il était de Clermont, «et avoit pris le nom de Mondory parce que son parrain, qui étoit un homme de condition de cette ville, s'appeloit M. de Mondory
.» Tallemant le fait naître dans une autre localité, mais dans la même province: «Il étoit fils d'un juge ou d'un procureur fiscal de Tiers en Auvergne, où l'on faisoit autrefois toutes les cartes à jouer. Pour lui, il se disoit fils de juge. Son père l'envoya à Paris chez un procureur. On dit que ce procureur, qui aimoit assez la comédie, lui conseilla d'y aller les fêtes et les dimanches, et qu'il y dépenseroit et s'y débaucheroit moins que partout ailleurs. Il y prit tant de plaisir qu'il se fit comédien lui-même; et quoiqu'il n'eût que seize ans, on lui donnoit des principaux personnages, et insensiblement il fut le chef d'une troupe composée de le Noir et de sa femme, qui avoient été au prince d'Orange.»
Que le duc d'Épernon ait eu certains rapports de caractère avec Matamore, cela peut bien être; mais il n'était pas le seul alors: quant aux ressemblances entre Corneille et le magicien Alcandre, nous avouons qu'elles nous échappent tout à fait.
Vers la fin du cinquième acte, Corneille nous introduit au milieu de la troupe, qui partage la recette: «Tous les comédiens, dit-il, paroissent avec leur portier, qui comptent de l'argent sur une table, et en prennent chacun leur part.» Ce n'est point là un tableau de fantaisie, c'est la peinture fidèle de ce qui se passait à cette époque. Samuel Chapuzeau nous fait ainsi connaître le détail de cette opération: «La comédie achevée et le monde retiré, les comédiens font tous les soirs le compte de la recette du jour, où chacun peut assister, mais où d'office doivent se trouver le trésorier, le secrétaire et le contrôleur, l'argent leur étant apporté par le receveur du bureau.... L'argent compté, on lève d'abord les frais journaliers, et, quelquefois en de certains cas, ou pour acquitter une dette peu à peu, ou pour faire quelque avance nécessaire, on lève ensuite la somme qu'on a réglée. Ces articles mis à part, ce qui reste de liquide est partagé sur-le-champ, et chacun emporte ce qui lui convient[1210].»
C'est après cette scène que vient ce bel éloge du théâtre et de l'art du comédien, qui dut contribuer puissamment à donner une noble idée de cette profession, si discréditée jusqu'alors.