Les frères Parfait, qui rapportent ce passage du Mercure, ajoutent ici en note[ [452]: «Une personne qui a vu la représentation de cette remise nous a instruits de la façon dont on s'étoit pris pour faire marquer à ce cheval une ardeur guerrière. Un jeûne austère auquel on le réduisoit lui donnoit un grand appétit; et lorsqu'on le faisoit paroître, un gagiste étoit dans une coulisse, où il vannoit de l'avoine. Ce cheval, pressé par la faim, hennissoit, trépignoit des pieds, et répondoit ainsi parfaitement au dessein qu'on avoit. On ajoute que c'est le sieur Dauvilliers qui joua le rôle de Persée. Ce jeu de théâtre du cheval contribua fort au succès qu'eut alors cette tragédie. Tout le monde s'empressoit de voir les mouvements singuliers de cet animal, qui remplissent de mieux en mieux ses devoirs.»

Nous lisons dans la Gazette de 1682[ [453]:

«Le Dauphin va le 18 août 1682 à la foire Saint-Laurent, et ensuite au faubourg S. Germain, voir représenter la Tragédie d'Andromède, du Sr Corneille.» De leur côté les frères Parfait complètent ainsi la relation de de Visé: «Andromède fut jouée à cette reprise trente-trois fois de suite, jusqu'au quatrième jour d'octobre suivant: on la continua le vendredi 22 janvier 1683 jusqu'au 3 février de la même année, jour de la trente-neuvième représentation. La quarantième est du samedi 20 mars, et la quarante-cinquième et dernière, le 4 avril.» Enfin Jolly parle ainsi, dans l'Avertissement de son édition de Corneille[ [454], d'une sorte de programme publié pour ces représentations: «Suivant un imprimé in-4o (Paris, 1682), les comédiens du Roi, entretenus par Sa Majesté, remirent en 1682 la tragédie d'Andromède sur leur théâtre, rue de Guénégaud; cette entreprise fut conduite par le sieur Dufort, ingénieur et machiniste des comédiens; le titre en parle ainsi. M. Corneille fit alors quelques augmentations dans les vers que des comédiens et des comédiennes chantaient; ils y sont nommés. Cette pièce eut un grand succès.»

Nous ne connaissons point d'édition d'Andromède antérieure à 1651; celle qu'on a toujours regardée comme la première est intitulée:

Andromede, Tragedie. Représentée avec les machines sur le théâtre royal de Bourbon.—A. Rouen, chez Laurens Maurry, près le Palais, avec priuilége du Roy, M. DC.LI, et se vend à Paris, chez Charles de Sercy, au Palais....

Le volume, de format in-4o, se compose de 5 feuillets et de 123 pages. En tête se trouve un frontispice de Chauveau représentant la fête des fiançailles de Phinée et d'Andromède, au moment où les Néréides sortent des eaux pour y assister, et où Cassiope déclare la beauté de sa fille supérieure à celle de ces nymphes, ainsi que cela est raconté dans la première scène de l'ouvrage[ [455]. Le privilége, commun à Andromède et à Nicomède, ainsi qu'au Feint Astrologue et aux Engagements du hasard, les deux premières comédies de Thomas Corneille, est du 12 mars 1651, et l'Achevé d'imprimer du 13 août de la même année.

Dans l'édition originale de Don Sanche, on trouve un autre privilége, daté «du IIe jour d'avril de l'an de grâce mil six cent cinquante,» et commun à Don Sanche et à Andromède; mais il est probable que ce privilége antérieur n'a pas été employé pour la seconde de ces pièces, et cela explique pourquoi Corneille a fait figurer de nouveau cette tragédie lyrique dans le privilége de Nicomède. Il est vrai que, dans l'édition collective de 1654, Andromède est suivie du privilége de 1650, au bas duquel est un Achevé d'imprimer du 13 août 1650; mais si l'on songe que l'Achevé d'imprimer de 1661 est du même mois et du même jour, on sera porté à ne voir qu'une confusion ou une faute typographique dans cette date du 13 août 1650 (pour 1651).

DESSEIN
DE LA TRAGÉDIE D'ANDROMÈDE,

REPRÉSENTÉE SUR LE THÉÂTRE ROYAL DE BOURBON[ [456]; CONTENANT L'ORDRE DES SCÈNES, LA DESCRIPTION DES THÉATRES ET DES MACHINES, ET LES PAROLES QUI SE CHANTENT EN MUSIQUE[ [457].