NOTICE.
Corneille cite les Histoires de Tacite comme la source où il a puisé le sujet d'Othon; mais peut-être est-ce à la littérature italienne qu'il en a dû la première idée. En effet, en 1652, Ghirardelli, dont notre poëte connaissait fort bien les ouvrages[ [756], a fait représenter un Ottone.
Plusieurs témoignages contemporains nous prouvent que Corneille s'est très-sérieusement appliqué à sa tragédie d'Othon: «Quant aux vers, dit-il lui-même dans sa préface[ [757], on n'en a point vu de moi que j'aye travaillés avec plus de soin.» Il passait pour avoir refait jusqu'à trois fois le cinquième acte, et assurait que cet acte lui avait coûté plus de douze cents vers[ [758]. Il avait fait longtemps à l'avance, comme c'était sa coutume[ [759], des lectures de son ouvrage. Tallemant des Réaux nous l'apprend en ces termes dans un morceau curieux à recueillir: «Corneille a lu par tout Paris une pièce qu'il n'a pas encore fait jouer. C'est le couronnement d'Othon. Il n'a pris ce sujet que pour faire continuer les gratifications du Roi en son endroit; car il ne fait préférer Othon à Pison par les conjurés qu'à cause, disent-ils, que Othon gouvernera lui-même et qu'il y a plaisir à travailler sous un prince qui tienne lui-même le timon; d'ailleurs ce dévot y coule quelques vers pour excuser l'amour du Roi. Il va vous mettre sur le théâtre toute la politique de Tacite, comme il y a mis toutes les déclamations de Lucain[ [760].» Dans ce passage Tallemant fait allusion à ce vers:
Du timon qu'il embrasse il se fait le seul guide,
et au reste du discours de Lacus[ [761]. Quant au passage où il est tenté de voir une allusion à l'amour de Mlle de la Vallière pour le Roi, c'est celui que Corneille a mis dans la bouche de Plautine et qui commence ainsi:
Si l'injuste rigueur de notre destinée
Ne permet plus l'espoir d'un heureux hyménée,
Il est un autre amour dont les vœux innocents
S'élèvent au-dessus du commerce des sens[ [762].