[120] Var. [Car puisqu'enfin tu veux la vérité sincère,]
Mon cœur désabusé n'est plus ce qu'il étoit;
Il ne voit plus en toi ce qu'il y respectoit:
Au lieu d'un grand héros qu'il crut voir en ma place,
Il n'y voit qu'un tyran plein de rage et d'audace,
Qui ne laisse à ce cœur former d'autres souhaits
Que d'en pouvoir bientôt délivrer mes sujets
[Crains-moi, si je t'échappe; et sois sûr de ta perte.] (1653-56)
[121] Var. Je connois mon époux à ces illustres marques:
C'est lui, c'est le vrai sang de nos premiers monarques;
C'est.... GRIM. C'est à présent lui, quand il est mieux instruit
A montrer plus d'orgueil et faire plus de bruit!
Dans l'inégalité qui sort de votre bouche,
Quel de vos sentiments voulez-vous qui me touche?
Ce n'est pas lui, c'est lui, c'est ce que vous voudrez,
Mais je n'en croirai pas ce que vous résoudrez,
Si par son propre aveu la fourbe reconnue
Ne détrompe à mes yeux la populace émue:
Pensez-y bien, Madame, et dans ce même lieu
Dites-lui, s'il n'avoue, un éternel adieu.
[Laissons-les seuls, Unulphe, et demeure à la porte;]
Qu'aucun sans mon congé n'entre ici, ni n'en sorte.
SCÈNE V.
PERTHARITE, RODELINDE.
ROD. Le coup qui te menace est sensible pour moi;
Mais n'attends point de pleurs, puisque tu meurs en roi.
Mon amour généreux hait ces molles bassesses
[Où d'un sexe craintif descendent les foiblesses.
Dedans ce cœur de femme il a su s'affermir:
Je la suis pour t'aimer, et non pas pour gémir;
Et ma douleur, pressée avecque violence,
[Se résout toute entière en ardeur de vengeance,]
Et n'arrête mes yeux sur ton funeste sort
Que pour sauver ta vie, ou pour venger ta mort. (1653-56)
[122] Var. Où tous mes alliés me refusent leur bras. (1660-64)
[123] Var. Est-ce là donc le prix de cette résistance
Que pour ton ombre seule a rendu ma constance?
Quand je t'ai cru sans vie, et qu'un si grand vainqueur. (1653-56)
[124] Var. [De monter au plus haut de la félicité.
Je le vois sans regret, et j'y cours sans murmure.
Vous m'avez la première accusé d'imposture:
Votre amant vous en croit, et ce n'est qu'après vous
Qu'il prononce l'arrêt d'un malheureux époux.
ROD. Quoi? j'aurois pu t'aimer, j'aurois pu te connoître,
Te voyant accepter mon tyran pour ton maître!
Qui peut céder un trône à son usurpateur,
S'il se dit encor roi, n'est qu'en lâche imposteur;
Et j'en désavouerois mille fois ton visage,
Si tu n'avois changé de cœur et de langage.
Mais puisqu'enfin le ciel daigne t'inspirer mieux,
Que d'autres sentiments me donnent d'autres yeux....
PERTH. Vous me reconnoissez quand j'achève de vivre,
Et que de mes malheurs ce tyran vous délivre.
ROD. Ah! Seigneur. PERTH. Ah! Madame, étoit-ce lâcheté
De lui céder pour vous un droit qui m'est resté?
J'aurois plus fait encore, et vous voyant captive,
J'aurois même cédé la puissance effective,
Et pour vous racheter je serois descendu
D'un trône encor plus haut que celui qui m'est dû.
Ne vous figurez plus qu'un mari qui vous aime,
Vous voyant dans les fers, soit maître de soi-même,
Ce généreux vainqueur, à vos pieds abattu,
Renonce bien pour vous à toute sa vertu.
[D'un conquérant si grand et d'un héros si rare]
Vous en faites vous seule un tyran, un barbare;
[Il l'est, mais seulement pour vaincre vos refus.
Soyez à lui, Madame, il ne le sera plus;]
Vous lui rendrez sa gloire, et vous verrez finie
Avecque vos mépris toute sa tyrannie.
Ainsi de votre amour le souverain bonheur
Coûte au vaincu la vie, au conquérant l'honneur;
Mais je tiens cette vie heureusement perdue,
Puisque.... (1653-56)
[125] Var. Pour briller avec gloire, il lui faut mon trépas. (1660-64)
[126] Var. N'achève pas un discours qui me tue. (1653-63)
[127] Var. Et ne me force pas à mourir de douleur. (1653-60)
[128] Var. Jusqu'à baiser la main fumante de ton sang!
Ah! tu me connois mieux, cher époux, ou peut-être,
Pour t'avoir méconnu, tu me veux méconnoître.
Mais c'est trop te venger d'un premier mouvement
Que ma gloire[ [128-a].... (1653-56)