[621] C'est Appien qui raconte, au chapitre X de son Histoire punique, qu'Asdrubal «avait choisi Massinissa pour gendre,» et qu'ensuite les Carthaginois avaient marié à Syphax la fiancée de Massinissa, à l'insu de celui-ci et d'Asdrubal, qui étaient tous deux en Espagne.
[622] Voyez ci-dessus, Sertorius, acte III, scène II, p. [405] et suivantes.
[623] Donneau de Visé s'exprime ainsi dans les Nouvelles nouvelles: «L'on peut dire, si l'on compare la Sophonisbe de M. de Mairet avec cette dernière, qu'il a mieux fait que M. de Corneille, d'avoir, par les droits que donne la poésie, fait mourir Syphax, pour n'y pas faire voir Sophonisbe avec deux maris vivants et d'avoir par la même autorité fait mourir Massinisse, qui, après la mort de Sophonisbe, ne peut vivre ni avec plaisir, ni avec honneur.» (Recueil de Granet, tome I, p. 130.) D'Aubignac ne manque pas de répéter cette critique dans ses Remarques sur Sophonisbe (Recueil de Granet, tome I, p. 150): «Mairet avoit bien mieux sauvé cette fâcheuse aventure en faisant mourir Syphax dans la bataille, car par ce moyen il laissoit Sophonisbe libre, en état de se marier quand et de quelle manière il lui plaisoit, et le spectateur ne se mettoit point en peine des secrets de ce mariage. Et voilà comme sur la scène il est plus à propos quelquefois de tuer un homme qui se porte bien dans l'histoire, que de conserver l'histoire contre les règles de la scène.»
[624] La fidélité à l'histoire, l'exactitude dans la peinture des mœurs et des caractères, qui sont un des mérites de Corneille, étaient peut-être ce qui déplaisait le plus à une bonne partie de son public. Dans sa Dissertation sur l'Alexandre de Racine, Saint-Évremont attribue à cette cause les critiques qu'a soulevées la Sophonisbe de Corneille. «Un des grands défauts de notre nation, dit-il, c'est de ramener tout à elle, jusqu'à nommer étrangers dans leur propre pays ceux qui n'ont pas bien ou son air ou ses manières; de là vient qu'on nous reproche justement de ne savoir estimer les choses que par le rapport qu'elles ont avec nous; dont Corneille a fait une injuste et fâcheuse expérience dans sa Sophonisbe. Mairet, qui avoit dépeint la sienne infidèle au vieux Syphax et amoureuse du jeune et victorieux Massinisse, plut quasi généralement à tout le monde pour avoir rencontré le goût des dames et le vrai esprit des gens de cour; mais Corneille, qui fait mieux parler les Grecs que les Grecs, les Romains que les Romains, les Carthaginois que les citoyens de Carthage ne parloient eux-mêmes; Corneille, qui, presque seul, a le bon goût de l'antiquité, a eu le malheur de ne pas plaire à notre siècle pour être entré dans le génie de ces nations et avoir conservé à la fille d'Asdrubal son véritable caractère. Ainsi, à la honte de nos jugements, celui qui a surpassé tous nos auteurs, et qui s'est peut-être surpassé lui-même à rendre à ces grands noms tout ce qui leur étoit dû, n'a pu nous obliger à lui rendre tout ce que nous lui devions, asservis par la coutume aux choses que nous voyons en usage, et peu disposés par la raison à estimer des qualités et des sentiments qui ne s'accordent pas aux nôtres.»
Il faut voir la lettre que Corneille adressa à l'auteur de cette appréciation pour l'en remercier; elle contient sur Sophonisbe quelques lignes intéressantes.
Les partisans de Corneille adoptèrent presque tous, au sujet de Sophonisbe, l'opinion que Saint-Évremont avait si bien développée. Chapuzeau la reproduit ainsi, en l'abrégeant, dans son Théâtre François (p. 41 et 42):
«On veut de l'amour.... La Sophonisbe qui a de la tendresse pour Massinisse jusqu'à la mort a été plus goûtée que celle qui sacrifie cette tendresse à la gloire de sa patrie, quoique le fameux auteur du dernier de ces deux ouvrages (Corneille) l'ait traitée avec toute la science qui lui est particulière, et qui lui a si bien appris à faire parler et les Carthaginois et les Grecs et les Romains, comme ils devoient parler, et mieux qu'ils ne parloient en effet.»
[625] Tite Live raconte, au livre XXX, chapitre xv, que Scipion fit venir sur-le-champ Massinisse pour le consoler, et que les honneurs dont il le combla dès le lendemain de la mort de Sophonisbe, calmèrent et adoucirent son cœur (mollitus regis animus), et lui donnèrent l'espoir de commander à toute la Numidie.
[626] Voyez plus loin, p. [472], note [631], et acte V, scène II, p. [538] et [539].
[627] «C'est de Quinault dont il est ici question. Le jeune Quinault venait de donner successivement Stratonice (2 janvier 1660), Amalasonte (novembre 1657), (Agrippa, roi d'Albe, ou) le Faux Tibérinus (1661), Astrate (décembre 1664). Cet Astrate surtout, joué dans le même temps que Sophonisbe, avait attiré tout Paris, tandis que Sophonisbe était négligée.» (Voltaire, 1764.)