Je me confesserai à Yvonne, d'ailleurs, avant qu'elle n'apprenne mon aventure par quelque excellente amie qui l'entourerait, certainement, de trop intéressants commentaires.
LE REFUS DE LA FEMME
Les thés de la vieille marquise d'Oboso deviennent décidément très intéressants, très suggestifs.
La conversation a été vive, chez elle, aujourd'hui, et un grand émoi agitait ces dames. Il faut avouer qu'il était justifié. Il n'était question, en effet, que de l'accident arrivé au petit vicomte d'Arnoux—un gentil et aimable garçon—qui vient de se tuer pour la «belle madame» de Sillé.
C'est toute une histoire.
Ce pauvre d'Arnoux aimait, paraît-il, la jolie baronne de Sillé et, lui ayant fait l'aveu de son affection, n'avait point trop mal été accueilli.
La baronne est une flirteuse enragée. Elle écouta, sans doute, les propos de M. d'Arnoux comme elle avait écouté ceux de beaucoup d'autres hommes; mais, dans le cas présent, elle se trouva en face d'un «entreprenant,» et elle se vit engagée, dit-on, plus qu'elle ne le voulait. On sait que Mme de Sillé n'a aucune liaison et se refuse à toute aventure trop réelle. C'est l'une de ces femmes qui se plaisent à jouer avec un homme ainsi qu'un chat avec une souris. Dès qu'elle comprit que l'amabilité des entretiens qu'elle accordait au petit vicomte ne le satisfaisait plus, semblait devoir être remplacée par des témoignages moins platoniques de sympathie, elle se déroba et ferma sa porte comme son cœur à son amoureux.
M. d'Arnoux, fou de passion, pria, pleura, menaça. Rien ne réussit à lui rendre favorable sa flirteuse.