—J'ai goûté du charme dans votre conversation, lui dit-elle, et je l'ai recherchée. Mais cela signifie-t-il que je vous aime, que je vous aie autorisé à m'aimer? Non.—Le mieux est de nous séparer, puisque notre rapprochement crée un tourment pour vous, un danger pour moi. Je ne vous aime pas, d'ailleurs, comme vous le souhaitez et, si je suis flattée de votre affection, je ne peux pas, dans le seul but de la récompenser, vous donner un espoir qui ne doit pas être.

Mme de Sillé a été très correcte, trop correcte même, puisque c'est de cette correction que le pauvre d'Arnoux est mort.

—Vous ne m'aimez pas et vous me repoussez, répliqua-t-il. Soit.—Mais avant d'oublier mon aveu, réfléchissez. Je vous aime, moi. Or, si vous persistez dans votre résolution de n'être jamais à moi, je vous jure que je me tuerai. Demain, je vous attendrai chez moi, vers trois heures après midi. Si, à quatre heures, je ne vous ai pas vue, vous pourrez commander une couronne pour mon enterrement. Ce sera toujours cela que j'emporterai de vous.

Mme de Sillé crut-elle à une menace puérile ou, tout en devinant la sincérité de ce discours, s'obstina-t-elle à ne point se livrer, malgré elle, à un homme qu'elle n'aimait pas?

Le même fait répond à ces deux questions: elle n'alla pas au rendez-vous du petit d'Arnoux, et le vicomte se tua—se logea, très proprement, une balle sous le sein gauche.

Tel est l'événement qui enfiévrait les imaginations, aujourd'hui, chez la marquise d'Oboso.

Des commentaires, des discussions étaient échangés à l'infini. Dans tout ce flux de paroles, j'ai recueilli deux avis qui me paraissent le plus dignes d'être rapportés.

D'aucunes—et parmi elles, très animées, la marquise et Rolande de Blérac—blâmaient la baronne de Sillé, la traitaient de cruelle, n'étaient pas éloignées de lui faire un procès et de la condamner sévèrement. D'après ces dames, Mme de Sillé n'aurait pas dû se dérober à la supplication du petit d'Arnoux, n'aurait pas dû permettre qu'il se tuât, et, s'étant assurée qu'il était sincère, n'aurait pas dû hésiter, même ne l'aimant pas, à se donner à lui. La marquise rappela même, à ce propos, le mot d'une femme d'esprit:—«Cela coûte si peu à la femme et fait tant de plaisir à l'homme.»

Si l'on s'en était tenu à l'opinion de Rolande et de Mme d'Oboso, Mme de Sillé était, désormais, disqualifiée comme femme, dans le monde, ainsi qu'un simple cheval de course qui révèle, aux amateurs, une tare.

On l'a défendue, heureusement. Mme de Sorget, Yvonne—Yvonne très en beauté—ont pris courageusement sa cause en main et ont plaidé, pour elle—non coupable.