Une jeune personne, coquette et jolie le plus souvent, nous aidait à nous déshabiller, puis à nous couvrir du vêtement en cours d'exécution.—Le maître se présentait, allant d'un cabinet à l'autre, par ordre d'arrivée des clientes, jetait un coup d'œil sur l'ensemble de la toilette qui lui était commandée, rectifiait une ligne ici, un point là, et saluant gravement, sans avoir prononcé un seul mot, parfois, se retirait. Cette manière de procéder était imposante peut-être, mais manquait essentiellement d'attrait. La sécheresse, l'indifférence apparentes du maître qui ne daignait même pas remarquer que les femmes qu'il visitait, ainsi, étaient souvent à moitié nues, offraient aux regards des splendeurs physiques qui eussent ému un saint, la sécheresse, l'indifférence affectées de l'artiste étaient correctes sans doute, mais laissaient à l'essayage, tout son côté d'ennui, toute son impression de corvée.

Riffle, qui est un malin, s'est dit que ce moyen de prendre la mesure des femmes et de les parer, était usé, et il a imaginé une chose inouïe, un truc merveilleux pour les distraire en même temps que pour leur être utile.

Il a supprimé les petits cabinets en lesquels on nous enfermait jadis, et son salon d'essayage est devenu un véritable théâtre.

Je ne plaisante pas. Je sors enthousiasmée de chez lui et Yvonne, Mme de Sorget, ainsi que moi, lui avons commandé une toilette de bal tout exprès pour expérimenter, par nous-mêmes, son invention.

Voici en quoi elle consiste.

Dans la vaste maison qu'il occupe, Riffle, dans le plus absolu mystère, a fait construire une mignonne, une minuscule salle de spectacle éclairée à l'électricité, avec scène, fauteuils et quelques loges-baignoires.

On s'installe là comme au Vaudeville ou au Gymnase et l'on attend.

Je n'ai pas besoin de déclarer que la consigne est des plus sévères, chez Riffle, pour être admis à l'essayage d'une cliente. Les seules personnes, amies de cette cliente et acceptées par elles, sont autorisées à entrer dans la salle et à y séjourner.

Cette après-midi, nous avons eu comme une sorte de répétition générale, et c'est l'une des plus charmantes filles de la maison qui a simulé la cliente. Nous étions une quinzaine de femmes du monde et, dans les loges-baignoires, se cachaient, nous a-t-on affirmé, deux ou trois cocottes de haute volée. Malgré tous mes efforts pour les dénicher, je n'ai pas réussi à les apercevoir.

Donc, on attend, et quand le moment solennel est venu, on se trouve subitement plongé dans l'obscurité la plus complète.