— Bon. Si vous voulez.
— Vous êtes bien la seule femme avec qui une telle conversation ne paraît pas inutile. Croyez-vous que je lui plaise ? Mais ça, je crois que je lui plais. Je ne sais pas s’il m’aime autant qu’il a aimé ou qu’il peut aimer, mais enfin, en ce moment, c’est le mieux qu’il puisse faire. Mais voilà : croyez-vous qu’il soit heureux ?
— Le bonheur et Gille ? Oui, je crois qu’il peut être heureux. Il connaît évidemment de bonnes raisons pour ne pas l’être. Mais il pense au bonheur, ce qui est très rare, il sait que cela existe. C’est énorme, ça, vous savez.
— Oui, oui. Je ne m’en suis pas aperçue depuis bien longtemps qu’il se préoccupait de ça, du bonheur. Avant, je ne l’aurais jamais imaginé. Quel drôle de garçon. Il vous trompe si bien sur sa vraie nature. Au fond les gens sont tellement plus simples qu’ils n’en ont l’air : c’est ce qui fait qu’ils vous embrouillent.
— Gille est lent. Je suis comme vous, je ne le comprends pas depuis longtemps, c’est depuis que je l’ai revu. Il avance lentement mais sûrement, je crois.
— Oui. Eh bien ! il ne sera jamais heureux avec moi.
— Pourquoi ?
— Non, vous verrez, ça ne s’arrangera pas.
— Et pourquoi, mon Dieu ?
— Je ne suis pas assez bonne fille. Ou plutôt si, mais je ne suis pas assez… Je ne sais pas. Enfin ! il lui faudrait une jeune fille. Non… Si, tout de même, quelque chose comme cela. Une femme très simple à qui il ferait un enfant… Je suis trop fatiguée. Il est très frais au fond, avec ces airs fripés. Je ressemble trop à quelque chose qui est bien lui, mais dont il a assez. Et pourtant l’amour rend si souple, moi surtout, et il me plaît. Mais je vous ai dit que je lui plaisais, au fond, je ne sais pas.