— Il sait qu’il va trop loin. Et puis ? Il y a bien des ridicules, va, qu’il nous montre, dont il ne s’embarrasse guère. Sais-tu pourquoi ? parce qu’il les met sur le dos du personnage qu’il joue ici.
— Ça c’est vrai. Il est assez dissimulé. Au début, je voyais bien qu’il avait la prétention d’en prendre et d’en laisser, mais je m’aperçois qu’avec ses airs débraillés et tout ce qu’il vous raconte sur lui-même à tort et à travers et qui a l’air de le livrer entièrement, il reste bien rentré. C’est ça qui me met en rogne et qui me donne envie de l’embêter un peu.
— Mais aussi par moments cela ne lui plaît plus de nous mettre dedans. Est-ce parce qu’il a senti que je le découvrais, mais je trouve ça assez chic, il a très vite abattu ses cartes avec moi, avec un vrai dédain.
— Oui, mais tu sais bien que c’est son truc de ménager des petites victoires à l’adversaire pour l’engluer dans une situation flatteuse.
— Enfin, deux ou trois fois il a eu une attitude assez étonnante.
— Il a une sorte de style. Mais tout ça, pour pas grand’chose. Cette perpétuelle dérobade, ces petits airs d’enfant gâté, qui a honte de l’être, mais qui veut bien que ça continue, ça tourne tout doucement à la niaiserie.
— Oh ! bien sûr.
XVIII
Un soir, dans les bras de Finette, comme il recevait son dernier baiser, un baiser délicat, en dépit du sommeil, de femme vigilante et qu’une douceur méditée lui faisait sentir qu’en s’endormant on songeait à le retenir, Gille lui avait caché une pensée sournoise : il savait ce qu’il allait faire le lendemain.
Il la laissa aller seule au golf et il dit à Luc : « Je m’en vais. Je ne peux pas tout le temps être là. Je ne reviendrai peut-être pas. On ne peut pas se voir pendant des mois et des mois.