Gille sortit subrepticement du fond de son enfance le rêve d’une châtelaine courageuse et pure.
Elle se jeta dans des chemins de traverse, parmi d’opulents herbages. On toucha à un petit bois assez fourré.
— On va s’arrêter là. Il fait bon, on ira à pied à travers le taillis jusqu’à ma ferme. Marchez derrière moi.
Aussitôt il y eut un jeu pour se protéger des branches l’un l’autre. Ils se frôlèrent, se touchèrent ; leurs corps se heurtèrent, leurs mains se pressèrent sur le même rameau.
Gille l’embrassa dans le cou, ce qui la renversa dans ses bras. Ils mêlèrent aussitôt leurs bouches et leurs membres, tapis sous un buisson. Leurs gestes étaient sûrs.
Après cela, que dire ? Et la châtelaine sur sa tour ? Gille ricanait mais appréciait une bonne tenue. Elle le félicita avec des mots justes de l’avoir contentée. Ses paroles, ses regards étaient infléchis par cette douceur qu’il avait remarquée sur son visage.
Le début d’une aventure ouvrait une perspective naïve à Gille et bien que tous les défauts de l’amoureuse le piquassent dès la première minute, cette facilité d’illusion lui permettait d’enchanter l’autre, un instant, comme lui-même. Encore avec Molly, il avait passé toute la matinée à imaginer une prolongation assez improbable de leur voisinage. Il la compara avec son nouveau plaisir. Mais il l’avait beaucoup oubliée depuis quelques heures et il ne retrouvait rien d’elle. Et pourtant son corps, plein de pulpe, lui convenait mieux que celui de cette mère de famille émaciée, qui, encore enfantin à trente-huit ans, faisait songer à une fillette meurtrie par un stupre prématuré.
Bras dessus, bras dessous, ils s’en allèrent comme des camarades qui ont joué, jusqu’à la ferme où ils burent du cidre. Il arriva à Françoise, au moment de remonter dans la torpedo blanche qui avait attendu dans l’herbe, narquoise, distillant légèrement son essence parmi les fleurs des champs, de dire : « Je suis une grande garce, tiens, pourtant j’avais un joli petit cœur », avec un rire un peu fatigué, à moitié rentré et des yeux qui pétillaient d’astuce sous une légère buée.
Comme ils rejoignaient la grande route, ils se trouvèrent nez à nez avec la voiture de Finette qui, avec Luc et Molly, revenait de raccompagner Lady Hyacinthia.
— Eh bien ! je vous le rends ; s’écria Françoise avec un regain de bonne humeur. Il est gentil, vous savez, soignez-le. Et elle disparut.