— Je les adore…

— En tout cas, vous leur plaisez.

— Pas aux meilleures.

— Elles se valent toutes. Il n’y a pas une femme pour en céder aux autres quand il s’agit d’aimer. Enfin je parle de celles qui aiment cela.

— Vous aimez cela ?

Finette se mit à parler de romans et de comédies. Elle n’était pas très difficile, approuvait plus de choses que Gille, mais avec indifférence. Elle s’animait quand elle relevait dans un tempérament une vivacité de désir et surtout de l’acharnement à se satisfaire. Puis tout d’un coup :

— Je n’aime que Candide.

— Son jardin était bien petit, protesta Gille.

Étonné de la sûreté des opinions de Finette il les admira, puis il les craignit car elles allaient vers un point de ralliement bien éloigné de lui.

Aussitôt qu’il eut fait cette première réserve sur elle, il put noter encore que si elle avait un teint exquis, son nez ne se prêtait guère à une louange raisonnable. Mais pouvant séparer ses défauts de ses qualités, il discerna mieux celles-ci. Mains courtes, doigts longs : ils n’étaient pas fuselés, mais un peu carrés, avec des ongles courts. Peau douce sur chair maigre. Ces mains étaient les instruments d’un esprit actif et volontaire. Ce corps menu, potelé, pliant, se familiarisait sournoisement sous les regards. Les fesses étaient trop basses et les chevilles inachevées. Le visage était ridé par le désir et la réflexion. Les yeux à force d’aiguiser leur regard s’étaient rapetissés.