— Et pourtant, depuis peu de temps je me rends compte d’une façon beaucoup plus précise de ce que c’est que l’union de l’homme et de la femme.

— Mon Dieu ! Renseignez-moi.

— Du fond de mon enfance, d’un désir qui anticipait puissamment sur les plus hauts besoins de mon âge adulte, j’ai désiré la femme. J’embrasse dans ce mythe ma plus large conception du monde : le corps, fonction de l’âme, l’âme ne se réalisant que par le corps. Je m’accroche au point juste, à cette charnière par quoi le corps tourne sur les appuis de l’âme, sans jamais s’en désaxer, comme la porte dans le mur. La femme est cette charnière, cette pièce essentielle dans l’économie de l’homme, elle est le nœud profond entre la terre et le ciel.

Mais ceci est assez complexe et y parvenir, cela s’appelle mûrir. Il y faut du temps. Somme toute, il n’est point trop de toute la jeunesse pour s’y préparer. C’est ce que ne comprend pas l’homme, quand il est au milieu même de cette jeunesse. Il s’impatiente, l’impatience le fatigue, sa fatigue tourne à de lourdes somnolences. J’achève la saison de mes sommeils et de mes frénésies.

— Je ne vois pas encore.

— Je ne sais si j’aurai jamais d’enfant. Mais l’enfant me figure ce secret de l’amour que j’ai cherché pendant ces années d’absence et de dénûment. Au bout de ma méditation…

— Vous méditiez, Gille !… Non ! continuez. Je suis idiot.

— … sur cette alliance nombreuse, subtile, aux mille détours savants, riche en substance tragique, qu’est l’union de l’homme et de la femme, je trouve l’enfant qui est le symbole de tous leurs travaux. Au-dessus du tumulte de la chair, du talonnement des cœurs, du malentendu délicat des esprits, est suspendue l’âme de l’enfant qui prouve la réalité de l’amour.

— La réalité de l’amour ! nous y voilà.

— Quand vous faites l’amour…