«L'an mil huit cent cinquante-huit, le vingt-unième jour du mois d'avril à trois heures du soir par devant Jean-Claude-Eugène Riffault, maire de Blois, chevalier de Légion d'honneur, Officier de l'État civil de la commune de Blois, canton de Blois, département de Loir-et-Cher, sont comparus Clovis Besson âgé de trente-neuf ans, profession de cordonnier, domicilié à Blois et Eugène-Frédéric Fouquet, âgé de quarante-huit ans, profession de jardinier domicilié à Blois.

«Lesquels nous ont déclaré que le vingt et un du mois d'avril, à dix heures du matin, Marie-Catherine Thomas y Saëtoni, âgée de soixante-treize ans, profession de rentière, demeurant à Blois, département de Loir-et-Cher, née à Cervione (Corse), veuve en deuxièmes noces de Joseph Léopold Sigisbert, comte Hugo, lieutenant général, officier de la Légion d'honneur, fille de feu... est décédée en notre commune, en sa maison, rue du Foix.

«Le premier témoin a déclaré être voisin et le second témoin être voisin de la décédée. Nous nous sommes assurés de l'exactitude de la déclaration de ces témoins, qui ont signé avec nous le présent acte, après que lecture leur en a été faite.

«Eug. Riffault.
Fouquet. C. Besson.»

Elle mourait dans l'isolement, ignorée de tous, à commencer par la famille à laquelle la faiblesse du général et les circonstances l'avaient imposée.

Nul ne se souviendrait de cette veuve d'Almeg, si les actes de l'état civil ne venaient parfois suppléer à l'insuffisance de notre mémoire.

Le temps, en confondant, au Père-Lachaise, les dépouilles du général Hugo et de Sophie Trébuchet, sa première femme, la mère intelligente et exquise, qui, non contente de donner au monde Victor Hugo, avait façonné son cœur et son esprit, avait depuis longtemps remis les choses au point.

Son souvenir seul reste associé à celui du père et du fils.

Elle avait été la bonté et la grâce.

Première confidente des essais de ses enfants, elle les avait encouragés et l'on ne saurait oublier qu'auprès du lit de la malade, Victor, non encore hors de page, avait composé quelques-unes de ses meilleures odes.