Je m'empresse de te rendre fidèlement compte de tous ces détails, cher papa, afin que tu te consultes sur ce que tu veux faire. Tu me trouveras toujours prêt à te seconder de tout mon faible pouvoir.

D'après ton désir je suis retourné chez M. le général d'Hurbal que je n'ai point trouvé chez lui. J'ai demandé son adresse à Meudon, et j'irai, quoiqu'on m'ait dit qu'il était assez difficile de le rencontrer parce qu'il fait de fréquentes excursions.

Puisque l'eau de Barèges te fait du bien, je te prie d'en continuer l'usage. Il faut espérer que les palpitations dont tu te plains disparaîtront tout à fait avec du repos et du bonheur.

Pour moi, mon bon et cher papa, je vois le moment du mien approcher avec la fin de mes affaires aux ministères, mon impatience est grande, et tu le comprendras. Quand j'aurai tout reçu de toi, comment pourrai-je m'acquitter?

Je croyais t'avoir dit qu'Eugène n'avait d'autre ressource que la pension que tu lui fais, en attendant qu'il s'en soit créé par son travail. C'est pour cela que je le recommandai si souvent à ta générosité. Nul doute qu'en se refroidissant il ne sente toute la reconnaissance qu'il te doit.

Nous supporterons encore le sacrifice que la nécessité t'oblige de nous faire supporter. Nous ne doutons pas que puisque tu le fais, c'est que tu ne peux autrement.

Adieu, cher papa, j'attends avec impatience ton poëme et les conseils que tu m'annonces. Je te remercie vivement de toute la peine que je te cause. Ils pourront m'être fort utiles pour ma seconde édition à laquelle je vais bientôt songer, car celle-ci s'épuise avec une rapidité que j'étais loin d'espérer. Crois-tu qu'il s'en vendrait à Blois?

Le papier me manque pour te parler de mes grands projets littéraires, mais non pour te renouveler la tendre assurance de mon respect et de mon amour. Je t'embrasse.

Ton fils soumis,
Victor.

J'ai envoyé au colonel[32] un exemplaire avant d'avoir reçu ta lettre.