[32] Le colonel, Louis-Joseph Hugo, né le 14 février 1777, mort en 1854. Promu officier de la Légion d'honneur par la même ordonnance que son frère, 14 février 1815, il reçut les étoiles de brigadier, et commanda longtemps comme tel la subdivision de la Corrèze. Il laissa deux enfants. Son fils Léopold, après avoir préparé Saint-Cyr où il ne fut pas admis, vécut et mourut en Corrèze. Devenue veuve, sa fille Marie Hugo entra au Carmel de Tulle, où elle devint Sœur Marie-Joseph de Jésus et où elle est morte en 1906. Elle n'était point tellement retirée du monde qu'elle n'écrivît des lettres charmantes, quand elle pouvait rendre un service, et au cours desquelles elle aimait à évoquer des souvenirs de son enfance et de sa jeunesse et à citer des vers de son oncle Victor Hugo.
L'amoureux avait bien l'autorisation officieuse de son père d'épouser Mlle Foucher, mais aucune demande officielle n'avait été faite encore.
A sa prière, le général lui a adressé la lettre, demandant la main d'Adèle, qu'il remettra lui-même à M. Foucher, lorsque enfin la pension royale sera autre chose qu'une promesse. Les temps semblent proches. Son cœur déborde envers son père de reconnaissance, ce pendant que, par les gazettes, il semble assurer le service de presse du Journal de Thionville.
Le nuage ne crève pas, mais menace. Victor a, jusqu'ici, négligé de joindre à ses lettres toute formule de politesse vis-à-vis de la seconde Mme Hugo. Le général s'en est plaint sans doute; et de façon assez désinvolte, Victor s'en excuse: il n'a «contre son épouse actuelle aucune prévention, n'ayant pas l'honneur de la connaître».
Mon cher Papa,
Ta lettre a comblé ma joie et ma reconnaissance. Je n'attendais pas moins de mon bon et tendre père. Je sors de chez M. de Lourdoueix; il doit sous très peu de jours me fixer un terme précis, alors je montrerai ta lettre à M. et à Mme Foucher. Ainsi je te devrai tout, vie, bonheur, tout. Quelle gratitude n'es-tu pas en droit d'attendre de moi, toi, mon père, qui as comblé le vide immense laissé dans mon cœur par la perte de ma bien-aimée mère!
Je doute, pour ce qui concerne la pension que je viens d'obtenir à la maison du Roi, qu'on me rappelle le trimestre de juillet, alors elle ne courrait qu'à dater du 1er octobre, ce qui remettrait mon bienheureux mariage à la fin de septembre. C'est bien long, mais je me console en pensant que mon bonheur est décidé. Quand l'espérance est changée en certitude, la patience est moins malaisée. Cher papa, si tu savais quel ange tu vas nommer ta fille!
J'attends toujours bien impatiemment ton poëme, et je ferai des exemplaires du Journal de Thionville l'usage que tu m'indiques. Un Espagnol, nommé d'Abayma, qui m'est venu voir hier m'a parlé de mon père, de manière à m'en rendre fier, si je ne l'avais pas déjà été.
Je n'ai aucune prévention contre ton épouse actuelle, n'ayant pas l'honneur de la connaître. J'ai pour elle le respect que je dois à la femme qui porte ton noble nom, c'est donc sans aucune répugnance que je te prierai d'être mon interprète auprès d'elle, je ne crois pouvoir mieux choisir. N'est-il pas vrai, mon excellent et cher papa?
Adieu, pardonne à ce griffonnage, c'est ma reconnaissance, c'est ma joie qui me rendent illisible. Adieu, cher papa, porte-toi bien et aime ton fils heureux, dévoué et respectueux,