Une lettre de Victor Hugo, adressée en 1826 à M. le vicomte de la Rochefoucauld, aide de camp du roi, chargé du département des beaux-arts, et reproduite par Edmond Biré (p. 397), spécifie ces détails et ne permet à ce sujet aucun doute.
Le colonel a cru devoir s'incliner, conseille au général de l'imiter et,—un post-scriptum de Victor Hugo a antérieurement révélé ce détail—a mis aussitôt à profit la situation de M. Foucher au ministère de la Guerre pour tâcher d'éviter sa mise à la retraite.
Le colonel a fait de suite, par la voie hiérarchique, une demande, pour quitter le bureau de recrutement où il est détaché et rentrer en activité de service.
Cette lettre, scellée d'un cachet portant les initiales L. H., est adressée:
A Monsieur
Monsieur Le Chevalier Hugo
Maréchal de camp des Armées du Roi
à Saint-Lazare,
Blois.
J'ai reçu en son tems, mon bon ami, ta lettre du 9 septembre à laquelle tu avais joint deux lettres à mon adresse que tu avais reçues de M. Bourg. Il paraît d'après leur contenu que toutes nos espérances sur l'Espagne sont tout à fait perdues. Cependant je ne pense pas que nous puissions entièrement renoncer à nos prétentions; attendu que si la lutte politique qui est engagée en ce moment dans ce pays tourne à l'avantage des constitutionnels[38]: ce nouveau Gouvernement pour se faire des amis voudra peut-être contenter tout le monde; conséquemment comme il y a beaucoup d'Espagnols qui sont porteurs de cédules hypothécaires du roi Joseph, il est présumable que l'on prendra un parti à leur égard, dès lors, on pourra donner un cours à ses papiers, ce qui fera reprendre un peu les nôtres.
[38] Écrite huit jours avant le congrès de Vérone, cette lettre n'en pouvait prévoir les résultats et la prochaine intervention de la France en Espagne pour y rétablir les droits que Ferdinand avait en partie abdiqués, contraint, en 1820, de rétablir la constitution de 1812.
Une chose qui me semble encore en notre faveur, c'est que la commission chargée de l'exécution des conventions du 25 avril 1818 et du 30 avril 1822 avait été créée avant la dernière révolution qui s'est oppérée (sic) à Madrid. Depuis il a été question aux Cortes, de mettre un terme à toutes ces réclamations dont le Gouvernement était accablé. Donc il faudrait en attendre les résultats.
J'avais fait à Victor quelques observations sur ses projets futurs de mariage, je lui disais qu'il était bien jeune encore pour songer à s'établir, que ta position ne te permettait pas de faire de grands sacrifice (sic) dans cette circonstance, et que par conséquent il ferait bien d'attendre qu'il eût obtenu une bonne place qui le mette à même de pouvoir vivre honorablement avec son Épouse. De manière qu'il m'a répondu ce qui suit: «Je te remercie, cher oncle, des conseils que tu me donne (sic) et de l'intérêt que tu me témoigne (sic) à l'occasion de mon très prochain mariage avec la fille de M. Foucher, Mlle Adèle Foucher. Toutes les aimables inquiétudes que tu me témoigne (sic) pour mon avenir cesseront quand tu sauras qu'avant deux mois j'aurai près de 3.000 francs de revenu par moi-même, tant du produit de mes ouvrages, que de la pension qui est attachée au titre de membre de la Seconde académie du Royaume. Tu sais, mon cher Oncle, qu'en 1820 après avoir remporté trois prix successifs j'ai été nommé membre de l'Académie des jeux floraux. La pénurie de la cassette royale m'avait empêché jusqu'ici de toucher ma pension, mais j'ai tout lieu de croire qu'à dater du 1er octobre elle me sera comptée.»
Tu vois, d'après cela, mon ami, qu'avec de la conduite et des mœurs aussi douce (s) que celle (s) de Victor, il peut, par la suite, avoir une très belle existance (sic). Il paraît que son futur mariage est un mariage d'inclination et que Mlle Foucher est très bien élevée: or il faut laisser aller la chose et faire des vœux pour qu'ils soient heureux.