J'avais aussi prié Victor de s'informer, près de M. Foucher, s'il pensait que cette mission à Tulle ne serait pas un titre d'exception pour ma mise à la retraite quoique n'ayant pas atteint mes cinquante ans d'âge.
Voici un passage de sa lettre:
«Il est très vrai que MM. les colonels employés dans les conseils de recrutement ne sont pas considérés comme en activité, il est très vrai également que le désir d'éteindre les demi-soldes fait qu'on s'empresse de mettre à la retraite tous les officiers qui remplissent les conditions demandées, quelque jeunes qu'ils puissent d'ailleurs être encore. M. Foucher pense donc que ce qu'il y aurait de mieux à faire pour toi, ce serait de réclamer l'activité. Il m'a dit au reste que le Ministre était très satisfait de ton zèle et de tes services à Tulle, et qu'il se pourrait grâce à cette considération, que la règle général (sic) de mettre à la retraite tous les officiers qui peuvent y être mis, souffre une exception à ton égard. Je termine ces détails, mon meilleur oncle, en te priant si tu fais quelques démarches, de te servir de moi comme de toi-même. Je serai heureux de te rendre quelque petit service.»
Depuis la réception de cette lettre j'ai fait le voyage de Périgueux où M. le lieutenant-général Almeras[39] m'a reçu de la manière la plus amicale; il m'a beaucoup parlé de toi, et chargé de le rappeler à ton ancienne amitié. Il m'a tenu à peu près le même lengage (sic) que Victor, et fortement engagé à lui adresser une demande d'activité de service, pour S. E. le Ministre de la Guerre[40]; j'ai suivi ses conseils et la lui ai expédiée avant-hier. Maintenant il reste à savoir quel effet cela produira.
[39] Le lieutenant général Almeras, après s'être signalé dans les Alpes, dans le Midi de la France, où son œuvre de pacification lui valait des félicitations du Conseil des Cinq-Cents et en Égypte avec Kléber, avait fait les campagnes d'Autriche et de Prusse. Nommé général au lendemain de la bataille de la Moskowa (7 septembre 1812), il avait reçu en 1814 de la Restauration la croix de Saint-Louis.
[40] Victor, duc de Bellune.
Si M. de Lescale était de retour à Blois et qu'il fût disposé à écrire un mot à M. Perceval, il me ferait plaisir. Car tu sais que dans ces circonstances il vaut mieux avoir deux cordes à son arc qu'une seule.
Adieu, je t'embrasse de tout mon cœur, ainsi que ta femme et Goton, si elle est encore près de toi.
Tout à toi de cœur et d'amitié,
Le Colonel,
Chev. L. Hugo.