Le pauvre garçon était déjà bizarre, avant que d'être fou.

La politique ne semblait point davantage devoir les séparer. Si le général Hugo devait de la reconnaissance au roi Joseph, il n'avait jamais eu beaucoup à se louer de Napoléon. Maréchal de camp des armées du roi d'Espagne depuis le 20 août 1809, à peine si, à sa rentrée en France, en juillet 1813, l'Empereur lui avait reconnu le grade de major dans l'armée française. Comme tel, il avait été appelé, le 9 janvier suivant, à défendre Thionville contre les troupes alliées.

L'on sait ce que cette défense de quatre-vingt-huit jours—il la devait renouveler en 1815—comporta d'héroïsme et d'intelligence. Le général en a écrit le Journal, et, tout en le mettant en demi-solde, Louis XVIII, loin de lui tenir rigueur, lui avait auparavant accordé la croix de chevalier de l'Ordre royal et militaire de Saint-Louis (1er novembre 1814) et le grade de maréchal de camp des armées françaises (21 novembre 1814), pour prendre rang à la date de sa rentrée en France, 11 septembre 1813.

Quelques mois plus tard, le général était ainsi qu'un de ses frères, le colonel Louis-Joseph, promu par la même ordonnance, au grade d'officier de la Légion d'honneur[8].

[8] Ordonnance du 14 février 1815 (Moniteur universel, 19 février 1815).

Sauf un commandement actif, il n'avait donc pas à en vouloir trop aux Bourbons, et son bonapartisme, pour le moins douteux[9], n'avait point à s'offusquer du royalisme ardent, alors si bien porté, dont témoignaient ses fils et dont ils firent montre dans le Conservateur littéraire[10].

[9] Lettre à M. le Comte Roger de Damas, gouverneur pour le Roi, à Nancy:

Thionville, le 18 avril 1814.
Monsieur le Comte,

La brave garnison que je commande, mon conseil de défense et moi, avons unanimement adhéré le 14 aux actes du Sénat.

Enfermés pendant quatre-vingt-huit jours dans cette forteresse, nous y avons été fidèles à l'oriflamme de l'honneur: c'est vous rappeler celui d'Henri IV.