Non content d'accorder à Victor Hugo l'étoile au centre de laquelle un Henri IV barbu avait remplacé le masque consulaire, le Roi l'invitait à son sacre.

Cette «marque d'honneur» était bien due au chantre, alors si fidèle, des Bourbons. Il y fut très sensible, et les lettres qu'il écrivit alors de Blois témoignent du plaisir qu'il en ressentit.

La Correspondance de Victor Hugo nous en fournit le texte. Il complète heureusement celui dont la bibliothèque de Blois conserve les originaux.

Dès le 27 avril, aussitôt ces importantes nouvelles reçues, Victor écrit à Soulié, au bon Soulié, non pas l'auteur du Lion Amoureux, mais Augustin Soulié, le rédacteur à la Quotidienne[117].

[117] Jean-Baptiste-Augustin Soulié, né à Castres en 1780, mort à Paris en 1845. Après avoir fondé et dirigé à Bordeaux: le Mémorial bordelais, la Ruche d'Aquitaine et la Ruche politique il vint, en 1828, se fixer à Paris, où il collabora activement à la Quotidienne.

Paul Lacroix lui attribue les articles signés d'un S. parus dans le Conservateur littéraire. Ils semblent plutôt devoir être attribués à J.-B. Biscarrat.

Nommé conservateur à la Bibliothèque de l'Arsenal, A. Soulié a laissé une édition assez estimée des Poésies de Charles d'Orléans.

Le poète ne cache ni sa joie, ni sa reconnaissance pour ses protecteurs.

A Monsieur J.-B. Soulié, hôtel de Hollande,
rue Neuve-des-Bons-Enfants, à Paris.
Blois, 27 avril 1825, matin.

Savez-vous, mon bon Soulié, que les grâces royales pleuvent sur moi, au moment où je viens à Blois me faire hermite? Le Roi me nomme chevalier de la Légion d'honneur, et me fait l'insigne honneur de m'inviter à son sacre. Vous allez vous réjouir, vous qui m'aimez, et je vous assure que le plaisir que cette nouvelle vous fera augmente beaucoup ma propre satisfaction. Il y a entre nous une telle fraternité de sentiments et d'opinions, qu'il me semble que ma croix est la vôtre, comme la vôtre serait la mienne.