«Pour danser, les dames portaient des hauts-de-chausses (caleçons) et des bas-de-chausses, par conséquent des jarretières. Les caleçons portés dans les bals sous les jupes étaient commandés par une observation d’hygiène très exacte. Pendant le XIVe siècle, les dames portaient des jarretières de soie brodée, qui, serrées sur le bas-de-chausses, au-dessus du genou, étaient croisées sous le jarret et venaient s’attacher au-dessus du genou. Les caleçons descendaient sur les jarretières plus ou moins haut et ne serraient point la jambe»[11].

Ce fut même, suivant l’éminent architecte, l’origine du nom de bas:

«Les femmes qui ne portaient jamais de braies à pieds, mais des caleçons descendant aux genoux, avaient des hauts-de-chausses, d’où le nom de bas est resté»[12].

Tandis que Viollet-le-Duc se borne à signaler l’existence du pantalon dans la toilette féminine pour danser seulement, M. Alfred Franklin, dans son intéressante série la Vie privée d’autrefois, généralise cet usage, sans, malheureusement, indiquer davantage ses sources:

«Toutes les femmes portaient des hauts-de-chausses ou caleçons, et l’objet des jarretières était précisément de les attacher aux bas-de-chausses ou bas, que l’on ne cherchait point à dissimuler. L’habitude du cheval, l’ensemble un peu brusque des manières découvraient souvent la jambe. La jarretière n’est donc pas encore une pièce secrète du costume; on la couvre d’ornements, on y peint des devises, des armes, des pensées, parce qu’elle est destinée à être montrée»[13].

De son côté, Vignola confirme:

«Les châtelaines» portaient aussi une culotte d’étoffe à crevés, qui leur permettait de chevaucher à califourchon ou en croupe»[14].

Comment les dames avaient-elles été amenées à s’attribuer cet accoutrement viril? On est, sur ce point, réduit aux conjectures.

En dehors de l’observation d’hygiène signalée par Viollet-le-Duc, ne faut-il pas, comme M. le professeur Nardi, de Bari, trouver l’origine du caleçon à cette époque dans le mode de chevaucher qu’avaient alors les femmes?

«Le pantalon des dames fut-il inventé au Moyen-Age par des maris jaloux? Fut-il à certaine époque une ceinture cadenassée?[15] C’est possible, quoique l’histoire reste muette sur ce point. Au Moyen Age, les pauvres dames trottèrent à cheval par les mauvais sentiers de l’Italie, de l’Espagne ou de la France; les selles pour femmes et pour hommes étaient semblables. Dans ces conditions, une jeune fille devait éviter certain froissement immédiat des arçons; et une dame tombant de cheval, préférait ne montrer qu’un fond d’étoffe. Les chutes de cheval ont dû donner naissance au caleçon»[16].