C’est fort vraisemblable. Mais, hypothèse pour hypothèse,—il est bon de rire quelquefois—pourquoi, analysant ce plaisant conte du chevalier de la Tour-Landry, que cite Gudin[17], ne pas chercher l’origine du caleçon, ou, à plus proprement parler, du pantalon, dans l’irrésistible besoin qu’éprouvent parfois les femmes de tromper leur mari ou leur amant?
Celui de la dame était vieux et cordier, et la chère âme le cocufiait avec la furie bien française dont était digne le prieur d’un couvent de cordeliers. Les Carmes ne sont pas seuls à jouir de certaines prérogatives.
A deux reprises, le pauvre homme faillit être convaincu de son infortune et pincer, sans avoir recours au commissaire de police, cet ange tutélaire des maris trompés, l’épouse coupable en flagrant délit.
Grâce au ciel, sa voisine veillait, et l’on sait si les voisines ont toujours été indulgentes à l’adultère de la femme. Voici comment, pour la seconde fois, elle sut la sauver:
«Après une aultre foiz lui avint que il cuida prendre une poche aux piez de son lit pour aler au marché a iij leues d’illec, et il prist les brayes du prieur, et les troussa a son eisselle. Et quant il fut au marchié et il cuida prendre sa poche, il prist les brayes, dont il fut trop dolent et couroucié. Le prieur, qui estoit cachié en la ruelle du lit, quand il cuida trouver ses brayes, il n’en trouva nulles, fors la poche qui estoit de costé. Et lors, il sceut bien que le mary les avoit prinses et emportées. Si fut la femme a grand meschief, et ala à sa commère de rechief et luy compta son fait, et pour Dieu elle y meist remède. Si lui dist:
«Vous prendrés mes brayes et je en prendray unes autres, et je lui diray que nous avons toutes brayes, et ainsi se firent. Et quant le preudhomme fut revenu moult dolent et moult courouciez, sy vint la faulse commère le veoir, et lui demanda quelle chière il faisoit: car mon compère, dist-elle, je me doubte que vous n’ayez trouvé aucun mauvais encontre ou que vous n’aiez perdu du vostre.
«—Vrayment, dist le bonhomme, je n’ay rien perdu; mais je ay bien autre pensée. Et au fort elle fist tant qu’il luy dist comment il avoit trouvé une brayes, et quant elle l’ouy commença à rire et à lui dire:—Ha, mon chier compère, or voi-je bien que vous estes deceu et en voye d’estre tempté; car, par ma foy, il n’y a femme plus preude en ceste ville que est la vostre, ne qui se garde plus nettement envers vous qu’elle fait. Vrayment, elle et moy et aultres de ceste ville avons prises brayes pour nous garder de ces faulx ribaulx qui parfoiz prennent ces bonnes damoiselles à cop, et afin que vous sachiez que c’est vérité, regardez se je les ay. Et lors elle haulsa sa robe et luy monstra comment elle avoit brayes, et il regarda et vit qu’elle avoit brayes et qu’elle disoit voir; si la crut et ainsi la faulce commère la sauva par ij foi»[18].
Il est à noter que les contes du chevalier de la Tour-Landry étaient destinés à «l’enseignement de ses filles». Que n’a-t-il écrit pour ses fils—quand ils auraient vingt ans?—c’eût été plutôt joyeux.