Faisant déjà très vieille dame, elle écrivait à son père:
«Je suis prête à me persuader qu'au lieu de cinquante ans, j'en ai deux cents par le changement de tout ce que j'ai vu et connu autrefois. Par exemple, pour les jeunes personnes, au lieu de cette décence de maintien, de cette retenue, de tous ces devoirs de bienséance de notre temps, j'ai sous les yeux des culottes—très nécessaires à la vérité pour les extraits de jupes qui les couvrent—une manière de courir en faisant voir les jambes au-dessus du genou. Plus des simples jeux de notre enfance. Collin-maillard, les Quatre-coins, avaient quelque apparence de règle: il n'en faut plus, il faut aller devant soi sans savoir où l'on va, se pousser, se jeter par terre, se rouler sur l'herbe»[138].
Pantalons de fillettes, soit; mais les femmes n'allaient pas tarder à s'en emparer. Une tentative assez sérieuse, du pantalon pour se glisser dans la toilette des femmes, marqua les premières années de l'Empire. L'exemple partit de haut, la reine Hortense adopta la mode nouvelle et y resta fidèle.
—Mademoiselle, je dois commencer par vous prévenir que je ne porte pas de jupon.
J'ai connu une aimable femme pour qui tout essayage débutait par cette phrase, alors que ce n'était pas là encore une mode générale.
Il en était de même il y a plus d'un siècle, et c'est même au manque de jupons ou à leur réduction au strict minimum, par quoi se signalaient les élégantes, que La Mésangère, dans son intéressant Journal des Dames et des Modes, attribue la première vogue du pantalon en 1804:
«Depuis quelques jours plusieurs ménages de Paris sont en querelle, les dames, accoutumées à ne porter qu'une seule robe, s'obstinent malgré la saison, à se vêtir toujours aussi légèrement qu'en été; les médecins et les époux vouloient que ces dames missent un jupon de plus; la plupart des femmes ont opposé la résistance la plus opiniâtre, vu qu'un jupon de plus nuisait au transparent et grossissait les formes.