«Quelques-unes avoient menacé du divorce, au cas qu'on voulût les soumettre à une mesure aussi vexatoire; enfin la plus adroite d'entre elles a accommodé l'affaire en adoptant un caleçon de laine qui réchauffe sans grossir; ce terme moyen a été généralement suivi; en conséquence on peut assurer que la plupart de ces dames portent aujourd'hui la culotte»[139].
Vogue passagère, si passagère que La Mésangère avait totalement oublié cet amusant écho lorsqu'il écrivait dans son Dictionnaire des Proverbes Français, ce passage souvent cité qui ne fait remonter qu'à 1809 l'apparition du pantalon en France:
«En 1807, nous arriva de Londres la mode des pantalons pour les petites filles. Les exercices de saut se pratiquent en Angleterre dans les écoles de jeunes filles; c'est pour cela qu'on leur a donné des pantalons. Le goût français ayant fort embelli ce vêtement, quelques femmes, au printemps de 1809, tentèrent de se l'approprier.
«On les vit se promener en pantalon de perkale garni de mousseline, les unes sur les boulevarts, les autres aux Tuileries. Quoique leur robe fût longue et le pantalon très peu visible, elles marchaient les yeux baissés, parce que tout le monde avait le regard fixé sur elles.
«Ces pantalons furent jugés comme les hauts-de-chausses dont parle Henri Estienne dans le premier de ses deux Dialogues du langage français italianizé...»[140]
Dans ses Nouvelles d'il y a cent ans, l'Echo de Paris a signalé cette nouveauté qui frisait presque le scandale:
«Tant de garnitures de robes blanches, tant de pamélas de paille jaune, de pèlerines découpées, de petits fichus effilés, de cothurnes, parurent, le 27 (avril), aux Tuileries, qu'on avait de la peine à se rendre compte des demi-toilettes de la veille. Les cothurnes étaient vert tendre ou citron. On voyait aussi des guêtres de nankin: une dame même avait un pantalon garni, froncé à la cheville, et qui dépassait la robe de deux doigts[141]».
Un aimable érudit, collaborateur assidu de l'Intermédiaire, a retrouvé un document curieux de l'époque, c'est un «patron de calesson rectifié» datant de 1806, pour le tracé duquel on avait fort mis à mal de superbes parchemins du XVIe siècle.