Les tentatives du pantalon pour prendre place parmi les dessous de la femme se renouvelleront sous la Restauration et ne seront pas souvent plus heureuses. Tantôt gagnant, tantôt perdant, le pantalon, beau joueur, ne renoncera pas à la lutte. Il la poursuivra sous la monarchie de Juillet, et enfin verra la Crinoline, la fameuse crinoline, amener l'heure de son triomphe, comme jadis les vertugades avaient amené celui du «calesson».
Pauvre crinoline, pour nous si laide et si ridicule, quelles armes n'a-t-elle point fournies aux caricaturistes; les vertugades n'avaient-elles point eu contre elles les prédicateurs et les moralistes[147]?
La chute de l'Empire et le retour des Bourbons n'avaient cependant pas étouffé la foi qu'avait le pantalon dans son... étoile. En 1817, deux planches du Bon Genre évoquent empantalonnées les novatrices du jour. Ce sont: les Parisiennes à Fontainebleau et les Grâces en pantalon.
Évoquant et pastichant le groupe de Canova, l'une, de dos, en bleu, tient par l'épaule et le haut du bras ses deux compagnes. Sa jupe s'arrête à mi-jambes, et, jusqu'à la cheville, où le serre une coulisse, pour s'évaser ensuite en un plissé, tombe son pantalon, bleu également, assorti à la robe.
Les jupes des deux autres jeunes femmes sont plus courtes encore. L'une verte, relevée par devant jusqu'aux genoux, découvre le pantalon blanc, qui, s'amincissant et formant des plis, couvre de son volant les cordons du cothurne.
La troisième semble en peignoir, ou peu s'en faut... Garni d'un ruché, celui-ci s'entr'ouvre haut, livrant aux regards, semblable aux précédents et d'un jaune tirant au vert, cet accoutrement extraordinaire et à moitié turc qu'était un pantalon de femme en 1817.
La décence pouvait y gagner, mais, à voir cette planche, on comprend que les femmes comme il faut aient eu leurs préjugés et que les femmes comme il en faut aient osé seules arborer ce travesti.
«Ce costume, à demi-masculin, ajoutait en effet La Mésangère, a quelque chose d'étrange, et le petit nombre de femmes qui se sont montrées en pantalon sur les boulevards et aux Tuileries ont été l'objet d'une curiosité si inquiétante, que les filles seules ont osé adopter ce vêtement»[148].
Les filles... et les petites filles; tout au moins pour prendre leurs leçons de gymnastique, car il apparaît déjà comme le corollaire nécessaire des exercices physiques. La fillette de bon ton a, par jour, une «heure de gymnastique en blouse et larges pantalons marins»[149].
Mais, en dehors du trapèze et des anneaux, le pantalon restait ignoré. Il ne figure dans aucun trousseau de mariage. M. Henri Bouchot a reproduit le devis de celui de Mlle de Luxembourg. Il comprend bien «huit douzaines de chemises brodées au plumetis, deux douzaines de jupons, une douzaine de camisoles, une douzaine et demie de fichus de nuit, deux douzaines de serre-tête en batiste, etc.,[150]» mais nulle apparence de pantalons.