«En voyant maintenant deux compagnes de couvent, se rencontrant avec leur grand chapeau de paille, leur blouse de toile écrue, leur pantalon et leurs guêtres, on les prendrait plutôt pour deux jeunes paysans que pour deux Parisiennes»[169].
La blouse devait triompher de ce mauvais vouloir et son triomphe fut éclatant:
«On eut la blouse, une robe-sur-tout légère et très ample, bouffante sur la poitrine, serrée d'une ceinture à la taille, et devenue presque la seule parure négligée des Merveilleuses entre 1822 et 1830. La blouse comporte le pantalon de percale, tombant sur la chaussure, brodé et festonné à outrance, et coquettement montré par un geste gracieux que toutes connaissent bien. Après avoir raillé la blouse et l'avoir ridiculisée, au théâtre des Variétés, en un mot, lancée par la meilleure réclame, on lui fit une fortune durable. Sincèrement, la Restauration ne sut rien trouver de plus délicieux ni de plus artistique en fait de toilette. Longtemps la blouse corrigea les intempérances du gigot et des tailles en gaîne»[170].
La fortune du pantalon fut moindre. Les «courtisanes» furent seules d'abord à la suivre:
«Déjà en 1822, écrit Edmond Texier, quelques élégantes de la Chaussée-d'Antin avaient voulu faire adopter la mode des longs caleçons de mousseline, portés par les enfants; mais chose singulière, les courtisanes seules adoptèrent cette mode décente; il n'en fallut pas davantage pour la discréditer»[171].
Il en serait différemment aujourd'hui et cet exemple suffirait sans doute à faire adopter, de nos jours, n'importe quelle mode.
Le luxe affolant des bas ne devait pas être étranger à ces résistances... On ne porte pas des bas à jour de 180 francs pour les enfouir sous cette malencontreuse lingerie.
«Parmi les bas de coton à jour exposés au Louvre, il en est de 180 francs la paire. Au-dessus du brodequin là où il n'y plus de jours, jusqu'à la bordure du haut le tissu est plus transparent sur la jambe qu'au brodequin même, où pour former les jours, il y a nécessairement quelques brins de coton réunis en parties mates»[172].
Pour mieux faire valoir le bas et la jambe, les robes sont courtes, idéalement courtes, dépassant, pour danser, à peine le mollet:
«Une robe de taffetas écossais, une robe de gros de Naples ne doivent point approcher des jambes; une femme à la mode marche au milieu de sa robe»[173].