Cette même année, Jenny Vertpré, cette jolie fille du temps, dont la vogue fut grande, apparaît aux Variétés, dans l'Actrice en voyage, en blouse et en pantalon. C'est, en quelque sorte, la consécration de la mode nouvelle.
La femme possède la science des euphémismes. Que, pour patiner ou pour braver les accidents des jeux en plein air, elle ait revêtu cet accessoire encore peu usité, elle n'avouera pas avoir un pantalon, elle sera «assurée».
D'autres, il est vrai, y mettront moins de formes et arboreront bravement pour monter à cheval, la chaînette n'ayant pas pris, «un pantalon de peau avec des bottines noires»[174].
La crainte de montrer son derrière serait-elle donc le commencement de la sagesse? Chutes et culbutes possibles sont les seules raisons d'être du pantalon... Il est précieux pour les «jeunes personnes» et leur permet de jouer en plein air sans trop laisser voir de leur individu. Puis, un amusant détail de sa confection nous est révélé: ces petites fentes latérales permettant de l'attacher sur les côtés, appelées à disparaître avec le Second Empire, pour reparaître ensuite et disparaître à nouveau:
«Le matin, à la campagne, pour courir dans le jardin, pour monter sur les cerisiers et pour jouer sur le gazon, les jeunes personnes portent de larges pantalons de perkale, qui s'attachent sur les corsets, et qui s'ouvrent et se boutonnent sur les côtés»[175].
L'année suivante, en 1824, le Journal des Dames, pour l'ordinaire si hostile à cette mode qui n'en est pas encore une, semble s'y rallier. Il en chante les avantages, pour ne pas dire les bienfaits, non seulement pour les fillettes, mais pour les jeunes filles et pour les femmes:
«Les pantalons de perkale sont très à la mode en ce moment pour les enfants, les jeunes personnes et même les dames. A la campagne ils sont d'une nécessité absolue. Comment sans ce vêtement protecteur, oser monter sur un coursier, aller à âne ou se risquer sur la balançoire? Mais aussi faut-il le dire: quand une jeune élégante est protégée par le bienheureux pantalon, il n'est pas d'écolier qui puisse lui être comparé, c'est un vrai lutin»[176].
C'était trop beau pour durer. Suit ce conseil aux amazones dépourvues de pantalon, pour obvier aux retroussis de la jupe:
«On met un spencer avec un jupon de mérinos. Les demoiselles qui n'ont point de pantalon font faire au bas de leur jupon, une boutonnière pour le fixer à droite et à gauche, au moyen d'un des boutons de leurs guêtres»[177].